65ème anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwirz Birkenau

Déclaration de Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères et européennes à l’occasion du 65ème anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz Birkenau (Paris, 27 janvier 2009)

Voici 65 ans qu’avec la libération du camp d’extermination d’Auschwitz Birkenau, le 27 janvier 1945, fut révélée au monde entier la réalité de l’industrie d’extermination nazie, l’horreur absolue d’un projet criminel unique entre tous, dont la finalité était l’anéantissement du peuple juif. C’est peu dire que les images bouleversantes qui nous ont marqués pour toujours ont, comme le souligne le préambule de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, "révolté la conscience humaine".

C’est peu dire également que cette prise de conscience aura contribué à porter l’idée d’un monde fondé sur le respect du droit, un monde où l’impunité n’aurait plus sa place. C’est dire enfin que ce combat n’est jamais achevé, jamais abouti et qu’il s’enracine sur une mémoire toujours plus fragile.

Car sait-on toujours ce que fut réellement la Shoah ? Les termes de ghetto, de génocide, trop souvent dévoyés et prononcés à tort banalisent l’horreur de ce crime sans égal. Quelques images, des témoignages comme ceux de Primo Lévi ou d’Anne Franck, qui seront lus publiquement dans les centres culturels français dans le monde, nous donnent peut-être encore l’idée de ce que furent ces victimes qui, avant d’être des suppliciés, n’avaient que leur dignité d’êtres humains, vivant, aimant, espérant.

Nous sommes entrés dans une période périlleuse : celle où les derniers survivants de la Shoah auront bientôt disparu, nous laissant seuls avec l’écrasante responsabilité d’en transmettre la mémoire. Devoir de mémoire ou exigence de connaissance ? Partout je sens, malgré les efforts des survivants et de leurs enfants, une tentation non assumée de tourner la page. L’effacement de l’histoire, sa négation, n’est pas le monopole des négationnistes. Elle est aussi dans la banalisation des mots. Car la Shoah n’a pas commencé dans les chambres à gaz, elle a commencé avec des préjugés et des discours.

C’est tout l’enjeu de l’éducation que de transmettre ce savoir, ce souvenir et d’en tirer le seul enseignement qui vaille : un éclairage pour l’humanité et sur ce dont elle est capable.

C’est notre responsabilité. Je n’en connais pas de plus haute./.

Dernière modification : 04/11/2010

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