Conférence de presse du Ministre des Affaires étrangères et européennes.

(Paris, 22 décembre 2009)- Conférence de presse du Ministre des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner.

Bonjour.

Je voudrais vous parler brièvement du Sommet de Copenhague et je répondrais volontiers à toutes sortes de questions, l’actualité étant abondante.

A propos de Copenhague, pardonnez-moi de vous dire que ce n’est pas si mal que cela. Pour qui pensait depuis longtemps que c’était un problème de développement et de politique et pas seulement un problème de légitime dévotion au changement climatique, un problème qui venait de loin et que, s’adresser à des populations pauvres qui, d’un seul coup, auraient beaucoup plus qu’avant cru aux promesses qu’on leur avait déjà faites, ce n’était pas forcément gagné d’avance.

Je répète donc que, de mon point de vue, et les suites de Copenhague vont le démontrer, c’est très très lourdement un problème politique et un problème de développement. Je fais la différence entre les pays en développement et les pays émergents bien entendu, et cela, la France l’a fait, le président s’est dépensé sans compter et tous ceux qui travaillaient sur le Sommet de Copenhague l’ont fait et de bonne manière. Il faudra donc maintenant s’attacher, et d’ailleurs cela commence aujourd’hui avec une réunion à l’Elysée avec les ONG, à travailler dans ce sens, celui, je le répète, du retour, plus à la base qu’au sommet, plus en faveur des communautés diverses et des militants divers qu’en faveur des chefs d’Etat, même si, à un moment donné, les décisions, bien sûr, doivent être prises par des chefs d’Etat. Il faudra retourner à l’élémentaire d’un développement solidaire et vert. Ce n’est pas si simple, il ne suffit pas de le dire. Je crois donc que cette réunion de Copenhague a été beaucoup plus profondément qu’on ne le croit bouleversante, importante.

De mon point de vue, égoïste, c’est la première fois, mais c’est essentiel, que les financements innovants sont acceptés, pas par n’importe qui, par les Etats-Unis et cela pour ceux qui connaissent l’histoire vieille de vingt-cinq ans pour ma part, de la proposition de développements innovants, c’est quand même quelque chose d’important. Cela ne veut pas dire que c’est fait. Cela ne veut pas dire qu’on aurait pu compter sur les développements innovants immédiatement à partir de la Conférence de Copenhague, bien sûr que non, mais quand même c’est une décision, c’est un accord, puisque c’est le groupe des vingt-huit ou vingt-sept qui a proposé aux cent quatre-vingt douze, dans ce groupe les Etats-Unis étaient largement partie prenante. Ils ont accepté ce que l’on appelle le développement alternatif, c’est la phrase employée dans le texte. C’est essentiel, c’est un résultat tout à fait essentiel.

Pour ce qui concerne les engagements, je vous rappelle que, d’ici le mois de juin prochain, les annexes figureront au verso de ce texte pour que des engagements précis soient pris par les pays en ce qui concerne la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nous verrons bien, mais c’est aussi le travail immédiatement à venir.

Et puis le deuxième grand manque, c’est vrai qu’il y avait de quoi être déçu, pas si l’on connaissait la réalité de la politique internationale, le grand manque c’est aussi pas d’Organisation mondiale de l’environnement. La position de la France, réitérée depuis des années et la position très réticente de l’Organisation des Nations unies. Tout cela aussi ne devait pas étonner, il faut continuer le travail et j’ai compris que M. Ban Ki-moon, qui me l’avait dit d’ailleurs le lundi d’avant, allait constituer un groupe de hautes personnalités - high level panels - pour que ce sujet soit abordé.

Voilà. Rien n’est désespérant et surtout c’est vraiment un tournant du monde. C’est une préoccupation qui n’a pas été acceptée au même niveau, parce que les niveaux n’étaient pas les mêmes. On ne peut pas faire accepter de la même manière un pays dont les problèmes sont des problèmes de survie, des problèmes de nourriture quotidienne et un pays riche, ce n’est pas possible.

Il faut donc travailler politiquement, dans un travail quotidien, militant avec les gens, à aplanir ces difficultés et à proposer un développement durable, qui soit crédible et donc trouver les financements. On ne peut pas considérer - ou alors c’est vraiment très très naïf - la victoire s’annonce à Copenhague, et puis aussitôt après l’échec lamentable de Copenhague. Tant d’infantilisme trouble quand même.

Donc, de ce point de vue, je considère vraiment qu’il y a eu des choses et puis surtout, il y a eu deux partenaires qui ont été vraiment déterminants, en tout cas dans leur dynamisme, dans leur obstination, dans la longueur de leurs efforts, c’est d’abord la France si vous permettez et puis l’Europe.

L’Europe était d’accord d’avance, personne n’a noté cela. L’Europe était d’accord d’avance, non seulement parce qu’il y avait un paquet énergie-climat qui avait été accepté - pourtant assez contraignant - sous Présidence française, mais aussi, Mes Chers Amis, parce que les Vingt-sept étaient d’accord, même sur les conséquences financières. Les Vingt-sept étaient d’accord pour dire : ces 30 %, nous verrons bien si nous les atteignons, avant cela a été 20 % et nous le ferons, puis c’est 30 %, nous verrons bien si nous les atteignons. 30 % de réduction d’émission de gaz. Même ensuite l’Europe a accepté que, parmi les dix milliards promis, le quart soit européen et même la répartition à travers les vingt-sept pays européens a été faite.

Alors, cela n’a pas été suffisant que les vingt-sept pays s’entendent, mais enfin quand même, quand même, les efforts communs d’Angela Merkel, de Gordon Brown, de Nicolas Sarkozy et des autres, ils sont quand même notables. Il n’y a pas eu de dispute européenne. Malheureusement, les Vingt-sept n’ont pas entraîné le reste du monde. Et on a constaté que pour faire l’unanimité de cent quatre-vingt douze pays, on connaît bien cela à l’Assemblée générale, il faut s’y préparer, s’y préparer longtemps à l’avance.

Donc, dernière conclusion, et puis je vous laisserai la parole, il y a un trouble de la gouvernance mondiale. Il ne suffira pas de se lamenter sur un G2, de se féliciter d’un G20 et, entre les deux, de parler d’un G13, d’un G8, d’un G14. Les gens qui n’y sont pas, je ne dis pas que cela ne soit pas essentiel, c’est essentiel qu’il y ait un G20, pour un certain nombre de décisions financières et économiques, s’il n’y avait pas eu le G20 il n’y aurait rien eu, c’est tout à fait essentiel. Mais lorsqu’il s’agit de s’attaquer aux pays les plus pauvres, les plus petits, ceux qui ont moins de voix au chapitre mondial, alors il faut être cent quatre-vingt douze et cent quatre-vingt douze ce sont les Nations unies.

Et il faut s’attaquer de plus en plus, ou conforter notre approche de façon plus obstinée encore vers la réforme des Nations unies. Mais les Nations unies sortent encore plus nécessaires de cette crise de la Conférence de Copenhague et d’elle-même des Nations unies. Ce n’est pas dans le désespoir qu’il faut aborder cela mais dans la résolution renforcée d’une réforme des Nations unies dont nous avons infiniment besoin. Donc je répète, ce n’était pas parfait, loin de là, mais ceux qui s’attendaient à ce que "overnight" il y ait un accord après pleins de désaccords pendant quinze jours, un accord dans la dernière nuit, après tout, il y en a eu un. Il est très très insuffisant.

Mais enfin, cette préoccupation mondiale ne devait pas trouver une solution immédiate. Je crois que ce n’était pas possible de le penser ainsi et ce qui a été trouvé n’est pas mince en particulier, je le répète, au niveau des financements innovants sur lesquels vont reposer une large part des ressources envisagées, une très large part, là, c’est un succès.

Ce succès est graduel, vingt-cinq ans de travail, quelques évidences au niveau du Parlement européen, quelques évidences au niveau du Parlement français, une acceptation générale de l’Europe. Mes Amis, là aussi les Vingt-sept étaient d’accord sur les financements innovants, et puis, un assentiment au niveau du groupe de Copenhague qui a proposé le texte qui n’a finalement pas été rejeté, dont on a pris note et en particulier à l’intérieur de ce groupe, un pays très important pour la finance en général, les financements innovants en particulier : les Etats-Unis.

Cela ne veut pas dire que c’est fait. Je m’attends à bien des difficultés, mais quand je vois que l’on demandera à un groupe - ceci dit, on a déjà chargé le FMI d’y réfléchir et j’ai vu Dominique Strauss-Kahn il n’y a pas longtemps, on ne réfléchit pas exactement aux mêmes choses, mais cela ne fait rien, cela va converger. Et lorsqu’on parle d’un groupe pour réfléchir à la Conférence de Copenhague, je rappelle à nos amis ici qu’il y a un groupe déjà à la réflexion, cinquante-neuf pays ce n’est pas rien. Cinquante-neuf pays plus neuf experts qui rendront leurs travaux théoriquement entre avril et juin de l’année prochaine, ce n’est pas dans longtemps.

Ne pensez pas que je me satisfasse des résultats de Copenhague, non, mais je vois l’étape que cela représente, tout en ne m’en satisfaisant pas, bien sûr. Je vois l’étape que cela représente et l’étape majeure que cela représente pour le travail nécessaire et indispensable dans les pays pauvres, en tenant compte bien largement évidemment des pays qui eux sont intermédiaires, des pays émergents et aussi, bien sûr, de l’effort, déjà accompli honnêtement pour une grande part, des pays riches et l’avancée des Etats-Unis. C’eût été un miracle, le miracle n’a pas eu lieu complètement. Alors un miracle à moitié ce n’est pas un miracle, mais enfin, voilà.

Maintenant je suis prêt à parler avec vous de tous les sujets et je ne doute pas que vous allez m’interroger sur les plus brûlants et les plus importants, vous allez voir, je vais être surpris par la première question en la matière.

Q - L’erreur sur le Sommet de Copenhague n’a t-elle pas été commise à la veille du sommet, lorsque le président Sarkozy a reçu les chefs d’Etat africains et a annoncé soudainement un objectif beaucoup plus ambitieux, 50 % d’ici 2050 et 80 % pour les pays riches. N’est-ce pas cela qui a figé les positions ?

R - La réunion des pays concernait la déforestation des pays du bassin du Congo. Ce fut une bonne réunion. Les chefs d’Etat du Brésil, du Congo et de l’Indonésie ont été reçus à Paris. Dans le cadre des financements, on pensait à 20 %, parfois 40 % de financements destinés à la déforestation qui est un problème majeur. Cela n’était pas une erreur et ces chiffres n’ont pas fait peur parce qu’ils ont été annoncés bien avant. Au contraire, parler de ces pays de manière très directe mettait aussi en évidence les problèmes.

Le président Lula à qui nous nous sommes adressés pour l’Amazonie a dit : "je ne laisserai pas un seul arbre debout si dessous un homme est en difficulté et meurt de faim". Même dans les pays des massifs forestiers, il y a à faire de la politique et du développement. Consacrer autant pour le ralentissement de la déforestation est juste. Ce ne sont pas ces pays là qui ont porté l’alarme.

La résistance polonaise vient du fait du rapport particulier de la Pologne avec la pollution. Il est vrai que ce pays, avec qui nous entretenons de très bons rapports, a une énergie fondée sur un charbon polluant. Nous devons être solidaires car les décisions ont été prises à 27. Mais la résistance est réelle car la Pologne est dans une économie qui dépend beaucoup du charbon.

Q - Hier, vous avez évoqué des sanctions renforcées contre l’Iran. M. Mottaki a affirmé depuis Beyrouth que son pays poursuivra ses activités nucléaires. Peut-on dire que les chances de trouver une solution diplomatique sont minces aujourd’hui ?

R - Elles n’ont jamais été très importantes hélas, et ce n’est pas du fait de la France qui dialogue encore et encore, hélas sans résultat. Nous continuerons à dialoguer et éventuellement, en désespoir de cause, à évoquer des sanctions. Nous ne serons pas les seuls car les sanctions qui ont déjà été votées au Conseil de sécurité de l’ONU l’ont été par les autres membres permanents y compris la Chine et la Russie. Nous avons envisagé d’évoquer cela à partir de la fin de l’année.

En attendant nous avons dialogué, proposé d’enrichir l’uranium pour le réacteur de recherche de Téhéran, pour créer les isotopes médicaux. Hélas, tout a été refusé. Pendant ce temps là, aucune deuxième date n’a été fixée à Genève. Nous faisons tous les efforts possibles. Nous avons accueilli la politique de Barack Obama avec joie mais il s’est aperçu que cela n’était pas suivi d’effets.

J’ai connu l’ayatollah Montazeri, enterré hier, aux cotés de l’Imam Moussa Sadr. Tous deux des hommes de paix, de dialogue, qui ne confondaient pas la religion et la politique, la gouvernance et l’oppression. Le clergé chiite est partisan d’une autre gouvernance, l’espoir repose sur lui. De toute façon, nous n’allons pas changer notre politique. Nous continuerons de rencontrer tous les dirigeants iraniens qui le souhaitent. Sauf peut-être M. Ahmadinejad.

Q - Vous mentionnez les annexes que les pays vont adjoindre dans la déclaration de Copenhague. Quels seront les objectifs qu’inscrira la France dans cette annexe ? Y aura t-il une annexe signée par les 27 pays de l’Union européenne ?

R - Les annexes seront signées pays par pays mais les Etats membres de l’Union européenne sont d’accord. Le dernier Conseil européen a mentionné l’accord au minimum de 20 %, au maximum en fonction des autres de 30 %. L’accord entre les Européens est fait et cela n’a pas été un obstacle à Copenhague, cela a été un moteur. Sans les pays européens, la Suède, l’Allemagne, la Grande-Bretagne qui a joué un rôle considérable, Nicolas Sarkozy qui en a fait le double, les choses n’auraient pas avancé. Ce n’est pas entièrement satisfaisant pour ceux qui voulaient des décisions immédiates, dont j’étais, mais je ne me faisais pas beaucoup d’illusions.

Q - Qu’en est-il du sort de Clotilde Reiss ? Y a t-il eu une demande d’échange formelle ?

R - Clotilde Reiss, jeune étudiante de 24 ans, innocente des accusations qui pèsent sur elle, est à l’ambassade de France. Elle voit demain le juge pour "l’ultime chance", et j’espère que le jugement sera rendu au plus vite. Il n’y a pas de possibilité d’échange, évoqué à la Conférence de Copenhague par le président Ahmadinejad, entre une jeune femme qui doit être innocentée par la justice iranienne, et des individus qui ont été condamnés par la justice française qui doivent accomplir le temps de leur peine et ce qui est prévu par la loi. Là-dessus la France ne veut pas intervenir.

Q - Il n’y a pas eu de demandes d’échange ?

R - Il n’est pas question d’échange. Il y a une justice en France où quand les condamnés ont purgé leur peine, ils sont remis en liberté dans des conditions précises lorsque ce sont de longues peines et qu’il y a des remises de peine. Ce n’est pas au gouvernement français de se mêler de ces décisions de justice.

Q - Pouvez-vous nous donner les dernières évolutions dans le cas Gilad Shalit ? Est-on près de la libération ?

R - Nous l’espérons, mais je ne peux pas me prononcer sur le pourcentage d’espoir par rapport au pourcentage d’éventuel échec. Le but semble se rapprocher mais on a déjà dit que c’était fait il y a 3 semaines.

Il y a toujours des difficultés de dernière heure. J’espère profondément que Gilad Shalit sera libéré au plus tôt, contre un certain nombre de prisonniers dans un temps, un autre groupe de prisonniers dans un second temps, mais je n’ai pas de précisions suffisantes pour vous dire à quelle date, quand, combien de prisonniers. C’est une longue négociation qui continue de se dérouler. Vous espérez une libération avant la fin de l’année ? Moi aussi. Quels noms sont compris dans cette liste, je ne peux pas vous le dire.

Q - Le nom de Salah Hamouri y figure-t-il ?

R - Je ne peux pas le dire. Nous avons fait auprès de la famille de M. Hamouri et auprès du gouvernement israélien tout ce qui est en notre pouvoir pour que cela soit fait. Nous n’avons pas de réponse précise.

Q - Vous avez parlé de progrès dans la position américaine, certes, mais il y a un autre grand pays qui a fait preuve de résistance à Copenhague, la Chine. Comment, selon vous, faire évoluer la position chinoise, étant donné que c’est un pays émergent qui a 150 millions de pauvres et qui a besoin de produire du CO2 ?

R - La Chine est le pays le plus peuplé du monde, celui qui se développe le plus vite et qui a évidement des problèmes de développement et de succès. Ce n’était pas tant les promesses qui ont été faites, mais le problème du contrôle éventuel de la production de gaz à effet de serre et évidemment du ralentissement de ces émissions.

Il y a eu à ce sujet une grosse difficulté que les Etats Unis en particulier ne sont pas parvenus à vaincre. C’est cela qui a pesé entre autres sur la fin des négociations. Quels sont les remèdes ? Il est évident que ce n’est pas un contrôle qui s’adresserait uniquement à la Chine mais à toute la planète. D’ailleurs, l’Inde, pays presque équivalent en population, n’a pas accepté d’emblée. Il faut travailler à ce que l’organisation du contrôle soit faite avec leur participation. C’est cela le vrai problème.

Vous savez que, dans quelques années, la Chine émettra autant sinon plus de gaz à effet de serre que les Etats Unis et l’Europe réunis, l’Inde fera de même. Ce n’est pas un problème de condamnation, c’est un problème politique majeur. Les pays émergents présentent pour nous des problèmes politiques que nous ne pouvons pas régler de la même manière que les problèmes qui naissent des pays les plus pauvres, des pays en développement.

Les réussites en matière de croissance et de développement de la Chine sont exceptionnelles et elles nécessitent un traitement exceptionnel, il faut que ce développement "green and sustainable" soit proposé partout, il faut que la technologie l’emporte, il faut que l’énergie venue d’une source carbonée soit changée vers d’autres énergies, c’est un très long processus, essentiel. Il est essentiel qu’il y ait un jour un succès pour la planète. C’est une part formidable du problème que l’on ne peut pas négliger et que l’on ne peut pas laisser à elle-même tout en ne lui procurant pas l’impression désagréable d’être contrôlée en un sens "répressif", nécessaire pour le reste de la planète. Il s’agissait de la même chose pour les massifs forestiers, lorsqu’il s’agit de la source d’énergie et de la source de richesse la plus importante d’un pays, on comprend que l’impression d’avoir un contrôle répressif et policier ne soit pas agréable. C’est tout cela qu’il faut prendre politiquement en cause, quand je parle développement et politique, c’est cela. Ce sont des problèmes politiques majeurs.

Q - Vous dites que les Américains ont accepté les financements innovants ou alternatifs, ont-ils aussi accepté votre idée concernant une taxe sur les transactions financières ? Hier, une délégation de moines bouddhistes vietnamiens a été reçue au Quai d’Orsay, ils disent aujourd’hui que le Quai d’Orsay s’est engagé à fournir des visas pour les quatre cents moines qui sont menacés d’expulsion, pouvez-vous confirmer cette information ?

R - Ils ont été reçus par François Zimeray, ambassadeur chargé des Droits de l’Homme. Quant aux visas, c’est une demande que nous étudions.

S’agissant de la taxe dont vous parlez, il s’agissait de la taxe Tobin, destinée à équilibrer les monnaies, c’était 1 % prélevé sur les transactions monétaires, les monnaies, "currencies". Ne commettez pas l’erreur qui a été commise par le Fonds monétaire international. Ce que je propose, c’est une taxe à 0,005 % sur toutes les transactions financières, cela n’a rien à voir avec la taxe Tobin. Les Etats-Unis ont accepté un texte dans lequel figurent des financements alternatifs, alors qu’ils ne l’acceptaient pas avant et que l’idée même de contribution - je ne parle pas de taxe, il s’agit d’une question de solidarité, à tous les niveaux, pour les personnes comme pour les entreprises - commence à faire son chemin et dans le texte de Copenhague, il y a cette idée qu’il faudra travailler dans les groupes. Cinquante neuf pays y travaillent déjà, ce travail peut se poursuivre dans d’autres enceintes.

L’ouverture de cette notion de contribution générale est contenue dans le texte de Copenhague, ce qui est déjà un progrès considérable. Les Britanniques, qui sont maintenant dans le groupe de cinquante neuf pays, nous avaient surpris, il y a un an en acceptant, parce qu’ils voulaient des facilités financières, l’idée de contribution. C’est vraiment un progrès considérable si les Etats-Unis acceptent cette idée. Cela constitue une source de financement pour le développement qui est tout à fait nécessaire, pas seulement les progrès qui sont nécessaires dans la perspective d’un changement climatique, les progrès en fonction des développements nécessaires dans les pays pauvres.

La précision sur ces financements innovants sera apportée au plus vite par les groupes de travail comme le nôtre, constitués de 59 pays qui travaillent depuis plus d’un an, cela ira plus vite. Ces financements ont été proposés à Ban Ki-moon quelques jours avant la Conférence de Copenhague, mais en septembre, à l’Assemblée générale des Nations unies, nous avions fait une séance avec le Secrétaire général consacrée aux financements innovants. Tout cela se précise.

Q - Cela fera un an demain que la junte a pris le pouvoir en Guinée. Est-ce qu’aujourd’hui, vous avez une idée plus précise de la situation puisqu’il y a beaucoup de flottements depuis le coup d’Etat manqué. Avez-vous des nouvelles de Dadis Camara toujours hospitalisé au Maroc ?

R - Un an déjà, hélas, c’est trop. Je vous rappelle que ce gouvernement provisoire avait été accepté par toutes les communautés comme un développement positif à son origine. Maintenant, les choses se sont tendues, le gouvernement de Dadis Camara avait lui-même promis qu’il ne se présenterait pas aux élections et l’assentiment de ce que l’on appelle les forces vives - les représentants des partis politiques et les syndicats - a fait place à une réticence puis à une opposition franche, jusqu’au massacre perpétré par la garde présidentielle et qui a déclenché une réprobation et une horreur mondiale. Le Secrétaire général des Nations unies a envoyé une équipe d’enquête dirigée par le professeur algérien, ancien ministre des Affaires étrangères, M. Ben Jaoui et par deux anciens ministres, représentants de la société civile algérienne, deux femmes qui, avec M. Ben Jaoui, constituaient avec dix sept autres personnes cette équipe d’enquête. Le résultat a été publié samedi à New York, tout le monde le connaît maintenant. Ce résultat est accablant et les détails de ce massacre dans le stade de Conakry sont très pénibles à lire. Ce raffinement de cruauté et de torture, en particulier à l’égard de femmes, fait froid dans le dos. Vous ne pouvez pas ne pas pleurer en le lisant. Maintenant les conséquences doivent être tirées, il y a eu un assentiment total de la communauté internationale : Union africaine, CEDEAO, Union européenne, ONU, Cour pénale internationale. Cette cour s’est auto-saisie de ce cas, c’est à elle de se prononcer et au Conseil de sécurité puisque, dans la lettre qui a été remise aux membres du Conseil, Ban Ki-moon, parle d’une saisie prochaine du Conseil de sécurité.

Dadis Camara est toujours soigné dans un hôpital marocain, Sekouba Conate, ministre de la Défense assure un intérim avec beaucoup de difficultés entre les groupes divers. Il y a dans le rapport de la commission d’enquête trois groupe de suspects, le premier est directement accusé de crimes contre l’Humanité, le deuxième est inculpé de participation à ces crimes, le troisième, au titre de ses fonctions pourrait être accusé, ils ne sont pour l’instant que suspects. C’est la première fois aux Nations unies que ce mécanisme est employé sur demande personnelle du Secrétaire général, c’est une commission d’enquête qui a été très rapide dans son travail, il faut l’en féliciter, féliciter également le professeur Ben Jaoui pour son courage.

Maintenant, les conséquences doivent être tirées au niveau de la CEDEAO et de l’Union africaine. Nous n’avons jamais fait que suivre l’avis de l’Union africaine. Des sanctions ont été votées par l’Union européenne immédiatement après la première réunion sous présidence suédoise. Ce que l’on doit espérer, et la France n’a rien fait d’autre, c’est que la population cesse d’être soumise à une oppression quotidienne, que les armes rentrent dans les casernes d’où elles n’auraient jamais du sortir. Que les femmes puissent aller faire leur marché avec leurs enfants que ceux-ci puissent aller à l’école sans se voir exposés aux pires tortures et aux pires viols. Que les forces vives, tous les partis guinéens, puissent s’exprimer. La France a quitté la Guinée en 1958, cela fait longtemps, nous ne sommes pas mêlés à cette affaire. Mais comme tous les pays européens, comme les Etats-Unis, comme tous les pays des Nations unies, nous nous sommes indignés de l’étendue et de la cruauté de ce massacre.

Nous espérons de l’Union africaine, de la CEDEAO - parce qu’il est évoqué dans le rapport de la commission d’enquête - une force d’observation. Une force d’observation, ce n’est pas une force d’interposition. Cette force d’observation, après une période transitoire, permettrait de conduire à des élections générales. C’est le schéma que nous avions tous souhaité voir adopté.

Voilà où nous en sommes. La vérité se fait jour péniblement dans nos têtes et dans nos cœurs, et de façon plus neutre dans les consciences politiques. Mais le sentiment personnel devant de tels massacres est lourd à faire traverser par la raison.

Q - Et l’état de santé de Dadis Camara ?

R - Je vous remercie d’en prendre connaissance

Q - Pensez-vous que les baisers échangés entre M. Hariri et M. Assad vont permettre à M. Hariri de gouverner loin de l’hégémonie syrienne ?

Deuxième question, si vous permettez : il y a des efforts actuellement déployés par la Syrie à New York pour retirer le budget de la résolution 1559 afin que M. Terje Roed-Larsen s’arrête de travailler, or Paris est le parrain de la résolution 1559. Alors quelle est votre position ?

R - A ma connaissance, il n’est pas question que Terje Roed-Larsen arrête de travailler. Cette question a été soulevée au moment où M. Ban Ki-moon est devenu Secrétaire général et nous n’avions pas souhaité que cela se fasse. Je ne suis pas saisi de cette nouvelle demande. Pour nous, il n’en est pas question pour le moment.

Deuxièmement, je trouve positif, après la constitution d’un gouvernement, que le Premier ministre du gouvernement libanais rencontre librement le président syrien et qu’ils s’entretiennent pendant trois heures. Cette visite sera suivie d’une autre visite accompagnée des ministres que M. Saad Hariri choisira. C’était une rencontre personnelle de ces deux hommes. Je n’oublie pas l’Histoire. Je suis un de ceux qui n’oublient pas l’Histoire, ils ne sont pas nombreux. Mais je pense que c’est une bonne chose qu’ils se soient rencontrés. Si la France a pu jouer ce rôle, et elle l’a fait, je pense que c’était un rôle positif. Cela ne règle pas les problèmes du Moyen-Orient ni des pourparlers entre la Syrie et Israël, pourparlers éventuels, ni les difficultés du voisinage entre le Liban et la Syrie, problème des frontières, problème des armes, problème du Hezbollah, sûrement pas. Mais enfin, il est préférable que l’on se parle, il faut le faire.

Quant à l’état de santé de M. Dadis Camara, ne croyez pas que je ne m’y intéresse pas. Il va le mieux du monde, mais il n’a pas fini son traitement.

Q - Je réitère la question de mon collège sur l’Iran. Le président Obama a établi une "deadline", vous l’avez dit vous-même, avant la fin de l’année pour des sanctions plus sévères. On approche de la fin de l’année, alors qu’en est-il véritablement et a-t-on le soutien des Russes et des Chinois ?

R - "Deadline", il ne faut exagérer. Cela ressemble à un couperet : à partir de tel jour, on ne va pas essayer de parler. Non, ce n’est pas ainsi. Les efforts faits, et en particulier par les Américains, ne semblent pas répondre à leur souhait, c’est-à-dire au souhait que s’établisse un dialogue constructif non seulement sur le destin du monde en général - ce qui a été fait à Genève et il y a eu un grand et beau dialogue qui s’est établi entre le représentant américain et les Iraniens - mais aussi sur le développement du nucléaire. Il faut distinguer le nucléaire civil : ils ont tout à fait le droit, nous sommes prêts à les aider et le nucléaire militaire : ils n’ont pas le droit, ils ont signé le Traité de non-prolifération.

A partir de là et déjà maintenant, les contacts sont pris pour développer la matière - on verra pour le texte, ce n’est pas encore fait - d’une résolution qui serait adressée un jour, j’ignore la date précise mais dans les mois qui viennent, au Conseil de sécurité. Les Russes et les Chinois sont-ils complètement sur cette ligne ? M. Medvedev, lorsque je l’ai rencontré, a dit très clairement et à plusieurs reprises qu’à un moment donné il faudra prendre des sanctions. Les Chinois sont moins clairs là-dessus. Il faut travailler donc avec nos amis Russes sur un texte qui permettrait aux Chinois de le voter, comme cela a été fait à trois reprises. Mais, à chaque fois, les résolutions précédentes étaient liées au développement du nucléaire, plus ou moins parce que les circuits bancaires ne sont pas toujours liés seulement au développement nucléaire. Je ne crois pas que cela soit insurmontable. Et peut-être qu’au début de l’année prochaine, des textes circuleront déjà, qui mettront du temps à être acceptés...

L’idée du président Obama d’arriver par le dialogue, d’avoir une position résolument morale et pacifique est très juste. Il le faut. Néanmoins, il a dit lui-même, devant la non-réussite des pourparlers à Vienne et l’absence de poursuite des pourparlers à Genève, qu’il faudra à un moment donné prendre des décisions.

Q - Compte-tenu du télescopage des calendriers sur l’Iran, l’audition de Clotilde Reiss demain, la menace des sanctions qui court toujours avez-vous le sentiment que le régime de Téhéran aimerait faire ce cadeau, ce geste aimable à l’égard de la France en libérant Clotilde Reiss avant les fêtes, que ce soit celles de Noël ou du Jour de l’an ?

R - Formidable idée ! Merci ! Je vous jure que si c’est fait, je vous citerai et je vous dirai combien nous sommes reconnaissants, parce que, cette jeune femme est innocente. D’ailleurs, la façon dont le président Ahmadinejad a posé sa question à Copenhague l’innocentait. "Est-elle otage ou est-elle prisonnière ?"

Pour le moment, il n’y a pas de sentence. S’il pouvait, comme vous le suggérez, si la justice iranienne pouvait se prononcer avant la fin de l’année et que Clotilde Reiss soit rendue à sa famille, je serais le plus heureux des hommes, du moins nous serions nombreux à être les plus heureux des hommes à travers le monde. Je ne cesse d’espérer.

Nous faisons tout pour cela. Il n’y a pas de sanctions pour le moment et je ne suis pas en train de vous dire qu’il y aura des sanctions demain.

Vous savez ce qui compte, ce n’est pas seulement l’idée de sanctions, c’est le développement de la contestation et le désir de changement de la population iranienne que l’on a encore vu se manifester à l’occasion de l’enterrement de l’ayatollah Montazeri hier. L’ayatollah Montazeri était un homme de paix, de justice et de démocratie. Pourtant, il était un ayatollah chiite, ami de l’ayatollah Moussa Sadr. Il y a des hommes de religion, dans la religion chiite, qui sont absolument en faveur de la séparation d’un gouvernement et des autorités religieuses. C’est cela qui est formidable, c’est que cela se manifeste maintenant. Et ils ne sont pas moins croyants que les autres, à ma connaissance, moi qui ne suis pas croyant.

Je pense que ce mouvement est irrépressible. Ce mouvement agite la jeunesse, les femmes en particulier - 70 % disent les experts -. Ce mouvement va se manifester et continue de se manifester avec une bravoure qu’il faut noter, avec un courage exceptionnel face à la répression, c’est ce qui compte. Comme vous le savez, dans le deuil chiite, il y a les sept jours et les quarante jours. Vous allez voir dans sept jours et dans quarante jours, ils continueront de manifester.

J’espère, je ne suis pas un belliqueux, que nous travaillons pour la paix, en particulier dans ce cas. Et plus généralement, j’espère que ce mouvement profond de la société iranienne, mouvement en général des Chiites eux-mêmes qui croient avoir une interprétation différente du Coran, mais qui croient dans le Coran, sera entendu par les dirigeants actuels.

Q - Je crois que vous avez employé le mot "hélas !" au moins quatre fois. Ma question porte sur ce qu’on peut appeler "le cas Israël". Un de vos prédécesseurs, Hubert Védrine, a dit un jour qu’Israël a besoin d’un Rabin pour créer ce que Robert Malley, le négociateur de Bill Clinton, a toujours appelé une "dynamique" pour faire bouger de vraies négociations pour les solutions que nous connaissons. Ma question est : alors, est-ce que c’est "hélas ! hélas !" aussi pour la situation ? Sinon, pour vous, quels sont les critères ou bien la base pour commencer quelque part, étant donné que nous considérons tous que le président Obama se trouvait devant un mur total en choisissant les colonies comme point de départ ? Y a-t-il pour vous une solution pour créer cette dynamique ? Et si oui, comment ?

R - Hélas, vous n’avez pas tort ! Cela m’aurait bien fait plaisir, hélas vous n’avez pas eu tort. Quant à Hubert Védrine, il est toujours facile de regretter Yitzhak Rabin.

J’accepte cette proposition mais qui sera le prochain Rabin ? J’en connais, du moins, un. Il s’appelle Mahmoud Abbas. Il est tenace. Il a toujours été du côté de la paix dans des circonstances bien difficiles, lorsque Yasser Arafat dirigeait l’OLP. On ne l’a jamais pris en défaut sur la paix. Je pense que c’est l’un des derniers interlocuteurs. Il y a une autre génération intéressante, celle de Salam Fayyad, et nous travaillons avec ces deux protagonistes.

De l’autre côté, puisqu’il faut être deux pour un dialogue, il y a un peuple israélien. Je ne dis pas "hélas", mais plutôt "heureusement", parce qu’il est à 70 %, d’après les sondages israéliens, en faveur d’un Etat palestinien et à 57 % en faveur du partage de Jérusalem.

Je ne désespère alors pas. Tout le monde sait qu’il faut un Etat palestinien, tout le monde y compris et surtout les premiers intéressés, les Palestiniens bien sûr, mais aussi les Israéliens. Le gouvernement a été élu dans des conditions que vous connaissez avec une proportionnelle intégrale qui oblige à des équilibres politiques difficiles. Seule Mme Tzipi Livni avait fait campagne en faveur d’un changement du mode de scrutin israélien. Je ne suis pas Israélien, je n’ai pas de conseils à leur donner mais Mme Tzipi Livni l’avait fait et elle demeure sur cette position.

Il y a toujours en Israël des intérêts internes à propos des problèmes externes, mais le pourcentage de 70 % d’Israéliens est important. C’est aussi un progrès d’entendre le Premier ministre, Benjamin Netanyahou dire clairement qu’il reconnaît la nécessité d’un Etat palestinien. Le processus est long, tout le monde sait que cela passera par-là.

J’espère qu’il ne sera pas trop tard. Nous continuons à tous les niveaux, du président Sarkozy - qui l’a dit régulièrement et avec force - jusqu’à tous les militants en France, en passant par le Quai d’Orsay et la direction du Moyen-Orient. Nous essayons non pas seulement de jouer les utilités mais de proposer. La dernière proposition, d’ailleurs, est une Conférence qui ne serait pas concurrente de celle de Moscou puisque c’est avec M. Medvedev que nous nous sommes mis d’accord. Il s’agirait d’une conférence qui aurait lieu à Paris ou à Moscou (cela reste à déterminer) qui dès que le dialogue politique sera renoué nous permettra de fournir les bases d’une détermination internationale nouvelle pour que ces négociations aboutissent. C’est la dernière de nos propositions en date. Il y a eu aussi une proposition en faveur du dialogue entre la Syrie et Israël. Les Turcs étaient particulièrement intéressés, et ils l’ont fait pendant un certain nombre de semaines, de mois, et de bonne manière d’ailleurs. Nous ne voulons pas concurrencer la Turquie, mais là aussi on peut, peut-être, continuer d’une certaine façon à être positifs.

Q - La France pourrait-elle prendre la place de la Turquie ?

R - Pas la place ! Il faut que les protagonistes soient d’accord. Ce n’est pas la Turquie qui présente la difficulté majeure, en particulier pour les Israéliens, c’est le Hezbollah. Il faut savoir que le problème des missiles et du Hezbollah est grave.

Q - A propos du dépôt de la candidature de la Serbie pour l’adhésion à l’Union européenne. Le moment est-il bien choisi… ?

R - Le moment n’est jamais bien choisi. Il fallait le faire plus tôt.

Q - … et quelles sont les exigences, comment cette candidature va-t-elle être accueillie ? Deuxième question : vous aviez annoncé votre visite en Serbie d’ici la fin de l’année, elle a été reportée, pensez-vous toujours vous rendre en Serbie ?

R - Il y a même des dates : les 17-18 février prochain. J’accueille cette demande avec joie, il était temps !

Vous savez combien nous avons travaillé. Les Balkans occidentaux font partie de l’Europe. La position de la France, de la diplomatie française, de la politique française et de moi-même - qui ai été impliqué pendant 15 ans dans cette région - est très claire : pas la Croatie sans la Serbie, pas la Serbie sans la Croatie et les autres.

Il y a des lignes à suivre, des chapitres à ouvrir, ils seront ouverts un par un. Nous avions à convaincre nos amis néerlandais qui ne voulaient pas de ce processus d’adhésion et qui l’ont bloqué pendant de très longs mois, si ce n’est pendant des années. Ils ont levé ce blocage. L’arrestation du général Mladic continue d’être notre préoccupation mais je dis avec joie que la Serbie va entrer dans l’Union européenne, que c’est une manière de se rapprocher de nous qui me fait très plaisir.

Je m’y rendrai les 17 et 18 février, après l’accord de Belgrade et aussi de Pristina. Reconnaissez que maintenant avec cette bonne nouvelle d’une perspective d’adhésion de la Serbie à l’Union européenne, je peux aller à Pristina où je ne suis pas allé depuis que je suis ministre des Affaires étrangères - on ne peut donc pas m’accuser de provocation, où j’ai été mêlé à cette affaire qui n’évolue pas si mal. L’évolution de la Serbie et du Kosovo n’est pas si mauvaise. Je sais que cela ne fait plaisir à personne, ne me croyez pas triomphant, si nous avions pu nous en passer, cela aurait été bien. C’est une évolution notable dans toutes les missions des Nations unies. J’espère que cela continuera

Q - (inaudible)

R - Je n’ai jamais fait obstacle, la France n’a jamais fait obstacle à cette demande de la Serbie devant la Cour internationale de Justice.

Je crois que le jugement ou une partie du jugement sera rendu au milieu de l’année prochaine. Personnellement, je ne suis pas du tout effrayé et ils ont tout à fait le droit de le demander. Il ne faut pas me prendre pour un coupeur de tête, j’ai été toute ma vie, pendant plus de 50 ans pour la paix et je l’ai faite. Cela ne m’a pas amusé d’accepter cette décision qui venait de l’ONU et de mon ami Martti Ahtisaari d’avoir à découper un pays. C’était violent, brutal, presque insupportable. Je savais que je ne pouvais pas m’en passer, parce que les affrontements, les exactions, la nocivité de M. Milosevic avaient vraiment été très pervers.

A un moment donné on se pose la question. A un moment donné, quand la communauté internationale propose des forces d’interposition, mais que cela ne marche pas et que la haine est profonde, que faites-vous ? C’est un problème qui se pose différemment à chaque fois mais avec cette idée que, peut-être dans un premier temps, il faut séparer les protagonistes. L’idée de l’adhésion à l’Union européenne c’est cela, Madame. C’est la raison pour laquelle je suis réjoui par votre question, je vous remercie de l’avoir posée. C’est fait aujourd’hui, dans l’Union européenne, il n’y a pas de possibilité de guerres et je suis sûr qu’un jour, la Serbie en étant membre de l’Union européenne et puis les autres, le Monténégro, la Macédoine, la Bosnie où c’est tellement difficile et puis le Kosovo un jour, j’en oublie et je ne veux en oublier aucun ! Un jour, je prévois que les Balkans trouveront des ententes fédératives, amicales à l’intérieur de l’Europe. Ce jour-là, je ne serai pas mécontent de ce que j’aurai contribué à faire. Il y a de moins en moins de nouvelles violences entre le Kosovo et la Serbie, ce qui est formidable.

Q - Sur la Corée du Nord, vous avez dit aujourd’hui que ce n’est pas le moment pour dialoguer avec la Corée du Nord sur les droits de l’Homme. Pensez-vous que c’est le moment pour créer une structure culturelle à Pyongyang ? Et si oui, quelles seront les prochaines étapes ?

R - Hâtons-nous de ne rien conclure ! L’idée que nous avons déjà caressée, cette idée d’essayer d’aider les ONG, qui très courageusement et avec beaucoup de difficultés, travaillent auprès de la population de Corée du Nord n’est pas mauvaise. Il faut trouver une manière de procéder pour les encourager et les aider notamment dans le domaine médical, nutritionnel où le peuple coréen du Nord souffre terriblement. Mais l’idée d’un dialogue sur les droits de l’Homme demandé par la Corée du Nord me semble particulièrement suspecte. Je crois que ce n’est pas le moment.

On pourrait s’intéresser à d’autres pays les plus extrêmes et les plus discutables en matière des droits de l’Homme pour entamer le débat. Il y a des périodes pour cela, il y a en a pour ne pas le faire. Je pense qu’en ce qui concerne les essais atomiques et les essais de fusées nord coréennes, ce ne serait pas le moment. Ce serait mal compris par nos amis Japonais, par les Chinois - qui sont en ce moment chargés des pourparlers - par les Russes, par l’ensemble de la région. Cela ne veut pas dire qu’on y renonce au contraire. Quant à l’ouverture d’un bureau ou au dépôt d’une plaque, si cela peut améliorer l’accès aux populations civiles des ONG françaises et des autres ONG, nous y réfléchissons et le moment venu, peut-être nous le ferons.

Q - Vous avez été, la semaine dernière, dans Libération pris à partie par un mystérieux cercle Paul Claudel qui s’exprimait sur le thème de la diplomatie culturelle. Ce texte était assez peu propositif mais assez acrimonieux à votre encontre. Avez-vous rencontré ces diplomates …

R - Les gens qui s’animent derrière un mystérieux cercle, qui n’ont pas le courage alors que le débat était public au Quai d’Orsay, je ne les salue pas. Il y aura une réforme profonde acceptée par les syndicats, par les agents du Quai d’Orsay et qui va transformer, je crois, les rapports entre l’offre et la demande de France. La demande me préoccupant autant que l’offre, l’offre n’est jamais suffisante, mais la demande il faut aussi la prendre en compte. Il y a des adaptations en fonction des pays. Nous essayerons dans cette réforme culturelle sur laquelle nous avons réfléchi ensemble - et sans M. Claudel, sans lui ! - pendant un an et je crois que nous sommes arrivés à une démarche qui sera extrêmement positive. Je prends les paris et ce cercle il faut le purger avec quatre grains d’ellébore ! ./.

Dernière modification : 09/11/2010

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