Culture française à l’étranger : tribune de Bernard Kouchner dans le quotidien "Le Figaro"

La culture française a les moyens de rayonner à l’étranger

Notre diplomatie se réforme et s’adapte aux changements du monde. Une étape a été franchie avec l’adoption de la loi sur l’action extérieure de l’Etat, qui crée un instrument nouveau pour le rayonnement de la France. Une agence, l’Institut français, coiffera bientôt nos 143 centres culturels à l’étranger. Ses missions ? Promouvoir nos artistes, notre création culturelle. Diffuser notre langue. Renforcer notre place dans le débat d’idées et dans l’espace mondial de la connaissance artistique et scientifique.

La nouveauté ? C’est désormais sous le nom d’Institut français, enseigne unique fédérant un dispositif dispersé, que la France se présentera à l’étranger. Avec son statut d’établissement public, le nouvel opérateur alliera efficacité et légitimité. Il offrira de vraies carrières. Il associera les milieux de la culture, les collectivités locales, les entreprises, le réseau des Alliances françaises avec lesquelles nous signons une convention. Il bénéficiera de ressources budgétaires additionnelles exceptionnelles.

On voit bien les enjeux de cette réforme. L’influence d’un pays tient à la force de son économie et de ses armées, à son rôle dans la gouvernance mondiale. Elle tient aussi au pouvoir des idées et des images. Or ce pouvoir intelligent a pris une importance inédite. Pourquoi ? Parce que le monde dans lequel nous sommes entrés est un monde de plus en plus dématérialisé. En est témoin l’importance d’Internet, espace mondial que nous devons garantir et protéger. Mots, idées, savoirs, images, musiques circulent à une vitesse accélérée, dans une dimension désormais unique. La prospérité, l’influence, la liberté reviennent à ceux qui en maîtrisent la production et la diffusion. Nous devons être présents dans cette compétition mondiale de la culture, de la communication, de la connaissance.

Franchement, nous n’avons pas à rougir de notre position ! La France est une des quatre ou cinq plus grandes puissances culturelles de la planète. Le français est la deuxième langue la plus enseignée dans le monde. Notre pays est un de ceux qui déposent le plus de brevets, publient le plus d’articles scientifiques. Il est le troisième pays d’accueil des étudiants étrangers. Notre cinéma est le plus diffusé après celui des Etats-Unis, notre littérature, la plus traduite après celle des pays anglo-saxons. Nous avons des médias internationaux, reçus dans le monde entier.

Mais regardons la réalité ! La bataille des contenus culturels et des idées s’intensifie. Aucune position n’est jamais acquise. Les grands pays l’ont compris. A Londres, Berlin, Washington, l’heure est à la relance de la diplomatie publique. Surtout, de nouvelles puissances émergent qui, de la Chine aux pays du Golfe, font entendre leurs voix, ce qui est naturel.

La France ne doit pas être en reste. C’est pourquoi, avec l’aide de Frédéric Mitterrand, je crée l’Institut français. Nos intérêts et notre influence ne sont pas seuls en jeu. Il y va aussi de nos valeurs. On parle de la menace qui pèse sur la diversité culturelle. On a raison. Nous devons défendre ce pluralisme, condition de notre liberté. Mais il est une autre menace : la tentation existe d’opposer les civilisations, d’enfermer les individus dans une culture soi-disant plus pure que les autres. Dans ce contexte, l’Institut français devra aussi réaffirmer l’idée obstinée qu’il existe une culture universelle, faite d’œuvres à admirer, de savoirs à partager, de principes à respecter. L’idée obstinée que chaque homme, chaque nation, se définit par sa contribution à cette œuvre commune, en perpétuelle évolution.

L’Institut français, dont je suis heureux que Xavier Darcos assume la présidence le moment venu, est la partie la plus visible d’une vaste réforme, la plus ambitieuse depuis longtemps, de notre diplomatie d’influence. Avec Valérie Pécresse, nous créons aussi une agence, CampusFrance, pour la mobilité des étudiants et l’attractivité de nos universités. Avec France expertise internationale, nous renforçons notre capacité à répondre à la forte demande d’expertise des pays en développement et émergents. Cette circulation de la matière grise, pour notre économie, notre influence, comme pour le développement des autres pays, est capitale.

En dotant notre diplomatie publique d’opérateurs modernes et efficaces, j’ai la conviction de préparer l’avenir. Hugo écrivait : "Servir la patrie est la moitié du devoir, servir l’humanité l’autre moitié". Il avait raison ! C’est pour cela que nous réformons notre outil diplomatique : pour une France plus forte dans un monde plus juste./.

Dernière modification : 25/08/2010

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