Discours d’ouverture du représentant du gouvernement français au Forum mondial de la Démocratie 2012

Discours de M. Bernard Cazeneuve, Ministre délégué aux affaires européennes de la France a participé lors de la cérémonie d’ouverture officielle du Forum Mondial de la Démocratie 2012.

Discours de M. Bernard Cazeneuve, Forum Mondial de la Démocratie 2012 - JPEG

Monsieur le Secrétaire général du Conseil de l’Europe,

Monsieur le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Je suis très honoré d’ouvrir en votre compagnie ce premier Forum mondial de la démocratie, ici, à Strasbourg, au Palais de l’Europe.

Que le Conseil de l’Europe et son secrétaire général, M. Thorbjørn Jagland, soient remerciés d’avoir pris l’initiative de cet événement, placé sous le haut patronage du Président de la République française. Je tiens à rendre hommage à l’engagement énergique du Sénateur-Maire de Strasbourg, M. Roland Ries, et à celui des autres collectivités locales alsaciennes, dont le soutien à l’événement qui nous réunit aujourd’hui a été déterminant pour que celui-ci voie le jour.

Le Président de la République, M. François Hollande, avait espéré pouvoir vous accueillir personnellement à ce prestigieux Forum. Son agenda ne lui en a pas donné la possibilité, ce qu’il regrette vivement. Il m’a chargé de le représenter, et de vous transmettre son message de bienvenue et d’amitié.

*

La démocratie avance. Cette année encore, de nouveaux bastions de la dictature sont tombés. Dans votre assemblée, jamais ceux qui subissent l’arbitraire de régimes tyranniques n’ont été aussi peu nombreux.

Les combats pour la liberté, hier en Europe de l’Est et dans l’ex-Union soviétique, aujourd’hui dans le monde arabe, pourraient donner à penser que la page des dictatures et du totalitarisme est sur le point d’être définitivement tournée. L’élan des peuples vers la démocratie et les droits de l’homme paraît irrésistible.

Cette aspiration peut certes être bridée, réprimée– et malheureusement, elle l’est ! Alors que le vent des printemps arabes a chassé des régimes discrédités, en Syrie, un peuple entier souffre encore sous la botte d’un pouvoir sanguinaire et sans foi ni loi. L’aspiration à la liberté et aux droits de l’homme peut certes être réprimée. Mais cette aspiration s’est désormais enracinée dans la conscience des hommes. Nul ne peut plus affirmer qu’un peuple n’est pas mûr pour la démocratie. Nul ne peut plus affirmer qu’un peuple aspire à d’autres valeurs et d’autres bienfaits que ceux qu’apporte une société démocratique.

Sur la base d’un tel constat, le Forum qui nous réunit – le premier en son genre – pourrait nous amener à nous laisser enfermer dans le confort et la paresse de l’autocélébration. Il pourrait aussi nous conduire à tracer une ligne rouge entre un club des démocraties, dans lequel de nombreux Etats se retrouveraient, et un camp des dictatures, en déclin ou en déroute.

Ne succombons pas à cette facilité.

La démocratie avance, mais elle est fragile, et une démocratie qui ne se questionne pas et ne s’interroge pas sur ses fins est une démocratie menacée. C’est tout l’enjeu de ce Forum.

Il n’est pas indifférent que notre Forum se tienne à Strasbourg : Strasbourg, ville-symbole ; Strasbourg, jadis au cœur des affrontements fratricides entre les nations d’Europe ; Strasbourg, devenue l’emblème de l’unité et de l’intégration du continent européen, et qui accueille le siège du Parlement européen ; Strasbourg, qui accueille aussi le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’homme, où s’édictent les normes et la jurisprudence dont la protection s’étend sur tous les citoyens européens.

Il n’est pas indifférent que notre Forum se tienne à Strasbourg, car les institutions qui ont leur siège dans cette ville sont le vivant rappel de ce que la démocratie ne se résume pas à une assemblée délibérative et des élections. La démocratie a le respect de la volonté populaire pour fondement. Mais réduite à cela, elle ne serait que la dictature du plus grand nombre. La volonté populaire est un pilier de la démocratie, mais le respect du droit, des normes et des valeurs universelles qui protègent la liberté de chacun en est un autre.

Ces deux piliers – la souveraineté du peuple et le respect du droit protecteur des libertés – forment un tout indissociable. Sans cet équilibre, l’édifice démocratique serait promis à se fissurer. L’ivresse de la liberté collective doit se laisser tempérer par le souci de protéger la liberté individuelle. Le pouvoir souverain doit accepter et même tracer, pour lui-même, une limite infranchissable. C’est un des grands défis auxquels sont confrontés les peuples du sud de la Méditerranée, dont l’énergie démocratique vient de se libérer. La capacité de ces peuples – et de leurs nouveaux dirigeants – à concilier ces principes contradictoires et à les traduire dans les faits seront l’aune à laquelle se mesurera la réalité de leur ancrage dans la démocratie.

C’est l’enjeu, pour les révolutionnaires arabes comme pour tous les démocrates : faire vivre, dans la société qui est la leur, les principes des Lumières ; favoriser l’expression de la volonté générale, éradiquer l’arbitraire, encadrer par le droit et les valeurs universelles la toute-puissance de la loi. L’Europe, avec ses ressources et ses programmes, offre aux nouvelles démocraties arabes son soutien fraternel.

*

La démocratie n’est pas seulement à l’épreuve de défis séculaires. Elle est aussi confrontée à des défis nouveaux, résultant des transformations du monde contemporain, et qui sont sans précédent.

Jamais l’idéal démocratique n’a été à ce point universel. Mais jamais les sociétés humaines n’ont été aussi ouvertes, les échanges aussi intenses, et le monde aussi interconnecté. La démocratie est à l’épreuve de la mondialisation.

Les démocraties se sont épanouies dans le cadre des Etats-nations. Quel est l’avenir de la démocratie, lorsque l’Etat se voit mis en cause par le marché, lorsque la nation n’est plus l’horizon indépassable des citoyens, lorsque la démocratie représentative est concurrencée par l’immédiateté des sondages et les liens parallèles des réseaux sociaux ?

Quelle est la réponse du démocrate à ces questions et ces défis ? De quelle façon la démocratie s’exerce-t-elle dans ce contexte nouveau ?

Je n’ai pas l’intention de préempter les débats stimulants de ce Forum. Je tiens cependant à exprimer une conviction : je crois à l’action politique. Je crois que la « main invisible » du marché ne suffit pas à nourrir le monde et à le protéger de l’oppression. Je crois qu’il n’y a pas de démocratie si l’action publique n’organise pas la redistribution et la solidarité. Je crois que la démocratie ne peut pas prospérer si elle n’est pas enracinée dans une communauté politique – une communauté politique qui est l’antidote de la fragmentation et des replis identitaires.

Thorbjørn Jagland et Bernard Cazeneuve - JPEG

Crédits Photos : © Conseil de l’Europe

Dernière modification : 28/08/2015

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