Entretien de Michèle Alliot-Marie avec la "Frankfurter allgemeine Zeitung"

(Berlin, 25 novembre 2010) - Déplacement en République fédérale d’Allemagne - Entretien du Ministre d’Etat, Ministres des Affaires étrangères et européennes, Michèle Alliot-Marie, avec le quotidien allemand "Frankfurter allgemeine Zeitung".

Q - Dans quel état d’esprit abordez-vous votre première visite à Berlin, en pleine crise de l’euro ?

R - J’ai effectivement décidé de me rendre à Berlin pour ma première visite en tant que ministre des Affaires étrangères et européennes. C’est le symbole de mon amitié et la marque de ma volonté de travailler avec notre partenaire allemand. La coopération entre la France et l’Allemagne, fondée sur la confiance et tournée vers l’avenir, est aujourd’hui plus nécessaire que jamais.

Q - Quel rôle revient aux ministres des Affaires Etrangères dans un monde qui change et face à la crise de l’euro ?

R - C’est justement un des sujets que je souhaiterais aborder avec le ministre Guido Westerwelle. Quels sont les enjeux de la relation franco-allemande pour l’Europe et plus largement pour la communauté internationale ? La gouvernance économique de notre zone monétaire commune en est un. Sous la direction du président Sarkozy, nous sommes attachés à la culture de stabilité. Le débat est ouvert sur la forme de gouvernance économique dont l’euro a besoin.

Q - Allez-vous rencontrer la chancelière Merkel ?

R - Je suis effectivement très contente de retrouver la chancelière à Berlin. Nous nous connaissons de longue date, depuis que nous exercions les fonctions de ministres pour la Jeunesse dans nos pays respectifs en 1993. Nous nous sommes retrouvées comme chefs des partis majoritaires. Depuis, notre échange n’a pas cessé.

Q - Cependant on peut constater un certain désenchantement dans les opinions publiques des deux pays sur l’Europe.

R - Je vois deux causes qui expliquent ce sentiment concernant l’Europe. Tout d’abord, le contexte de la crise économique et financière, qui perdure, et qui crée un climat de malaise, poussant les opinions publiques à un certain repli sur soi. L’autre raison est plus structurelle : il est difficile de montrer les avantages que l’Europe et l’euro représentent dans la vie quotidienne des citoyens. Or, c’est ce qu’attendent de l’Europe la plupart des citoyens européens. Ils veulent des améliorations concrètes dans leur vie quotidienne. Cela explique ma volonté de miser sur des projets de coopération franco-allemand très concrets.

Q - Quel est votre programme de travail en vue du sommet franco-allemand de Freiburg le 10 décembre ?

R - Nous allons faire le point sur l’agenda 2020 qui a été présenté en début d’année. Il s’agit des propositions très concrètes comme le nouveau régime matrimonial pour des couples franco-allemands, des voitures électriques en zone frontalière ou des nouveaux échanges pour des lycéens. Suite aux déclarations d’intentions, nous examinons les avancées. Mais il y aura d’autres sujets, comme la gouvernance économique de l’Europe ou une coopération plus importante dans le domaine de l’énergie.

Q - Suite à l’initiative franco-britannique de défense, quel avenir pour la coopération militaire entre la France et l’Allemagne ?

R - L’initiative franco-britannique est avant tout au service du projet de renforcement et de développement de l’Europe de la Défense que nous partageons avec nos amis allemands

L’Europe de la Défense s’est retrouvée dans une certaine mesure en panne à cause de la crise et des contraintes de discipline budgétaire. Toutes les initiatives, qui aident à renforcer nos capacités militaires, à mieux utiliser nos moyens, à mutualiser nos efforts, sont les bienvenues. C’est aussi vrai pour la relation franco-allemande et les rencontres du Triangle de Weimar montrent qu’il y a une grande marge de progression dans le domaine de la défense avec la Pologne.

Q - Vous êtes une gaulliste de conviction, avez-vous eu des réserves sur le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN ?

R - Non, il s’agit d’une suite intelligente et logique de l’engagement militaire de la France dans l’OTAN. Le retrait de la France du commandement intégré sous le général de Gaulle était circonstanciel ; il s’agissait d’établir une force nucléaire indépendante. Je vous rappelle que Jacques Chirac a tenté dés 1995 de réintégrer le commandement intégré de l’Otan. Nicolas Sarkozy poursuit donc une ligne qui était celle des présidents gaullistes.

Q - Avez-vous l’intention de vous investir davantage dans les affaires européennes ?

R - J’ai avec Laurent Wauquiez un excellent ministre chargé des Affaires européennes dont la mission consiste à veiller sur une bonne entente franco-allemande comme sur les Affaires européennes. Mais vous pouvez être assurés de ma volonté de m’investir pleinement et personnellement dans l’avenir européen./.

Dernière modification : 28/05/2015

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