Histoire de la villa Oppenheimer

Alors que le Conseil de l’Europe voit le jour en 1949, il faut attendre 1966 pour que s’installe dans ses locaux actuels la Représentation permanente de la France. Après trois ans de cohabitation avec l’Office des biens et intérêts privés (SBIP), la Représentation occupe, à partir de 1969, la totalité de la "villa Oppenheimer".

Bâtie au début du siècle, la villa prend pour nom celui de ses premiers commanditaires : Julius Oppenheimer et Françoise Busch (ép. Oppenheimer). Le premier est issu d’une famille d’industriels allemands ayant émigré en Alsace après son annexion par l’Allemagne en 1871. L’architecte allemand Bruno Paul est sollicité pour cette construction s’insérant dans la Mannheimer strasse de la Neustadt -l’extension urbaine impulsée par l’Empire allemand, et qui voit l’installation de ses premiers habitants en 1913.

L’architecture

JPEG - 599.6 ko
AMS - Police du bât. 709 W 105 - agrandissable
(JPEG - 599.6 ko)
JPEG - 519.3 ko
AMS - Police du bât. 709 W 105 - agrandissable
(JPEG - 519.3 ko)

Le bâtiment suit le schéma de construction réglementaire d’alors. Il comporte une grande parcelle de jardin, plusieurs balcons à l’étage noble et quelques éléments en pierre de taille. On note la reprise de certains codes de l’architecture néo-classique, la façade principale comprenant des colonnes doriques et un fronton curviligne, au centre duquel se trouve une fenêtre en médaillon. Dans un souci historiciste et de dialogue avec le contexte local, on retrouve dans cette demeure la forme de la villa traditionnelle alsacienne, notamment au niveau de la forme et de l’ardoise de la mansarde, ainsi que de l’utilisation du grès rose, typique de la région.

JPEG - 383.4 ko
AMS - Police du bât. 709 W 105 - agrandissable
(JPEG - 383.4 ko)
JPEG - 330.7 ko
AMS - Police du bât. 709 W 105 - agrandissable
(JPEG - 330.7 ko)

Des occupations multiples

A l’issue de la première guerre mondiale, l’Alsace-Moselle réintègre la France. De nationalité allemande, les membres de la famille Oppenheimer sont expulsés en mars 1920, après que le tribunal régional de Strasbourg a attribué ses usines aux Tanneries de France, et que le siège social de l’entreprise a été transféré à Berlin. Plus tard, en 1938, ils seront cette fois-ci conduits à quitter l’Allemagne, du fait du régime nazi. Le jeune Franz Ferdinand, qui avait 6 ans au départ de Strasbourg, périra à Sachsenhausen en 1941.

La résidence abrite d’abord l’Office de vérification et de compensation pour l’Alsace et la Lorraine. Avec l’invasion allemande, c’est désormais l’organisation Todt, une organisation de génie civil et militaire nazie, qui occupe le 40 rue de Verdun. Après la libération, le bâtiment sera brièvement réquisitionné par l’armée américaine avant d’accueillir le SBIP.

La villa du temps des Oppenheimer - Archives privées Elizabeth Oppenheimer (cousine d’Annlies)
Les enfants Oppenheimer et la salle de jeux, salle d'eau, et une des chambre d'enfants
Les enfants Oppenheimer et la salle de jeux, salle d’eau, et une des chambre d’enfants
Salon "Rotonde" - avant/après (avant 1920/2016)
Salon "Rotonde" - avant/après (avant 1920/2016)
Construction de la villa (1913) et façade côté jardin (avant 1920)
Construction de la villa (1913) et façade côté jardin (avant 1920)
h.g. : salle à manger, h.d. : fumoir (probablement), en bas : salon de musique
h.g. : salle à manger, h.d. : fumoir (probablement), en bas : salon de musique
Archives privées Elisabeth Oppenheimer (cousine d’Annlies Oppenheimer)

Le legs Oppenheimer

PNG - 446.9 ko
les enfants Oppenheimer
Archives privées Elisabeth Oppenheimer (cousine d’Annlies Oppenheimer) (PNG - 446.9 ko)

En plus de cette villa, la famille Oppenheimer aura offert à Strasbourg d’autres richesses patrimoniales. En effet, en 2004, Annelies Oppenheimer, fille de Margarete Busch et de Julius Oppenheimer, décide de léguer onze tableaux d’une valeur estimée à plus d’un million d’euros en gage d’amitié pour Strasbourg, dont la municipalité avait tenté d’éviter quelques décennies plus tôt l’expulsion de sa famille. A son décès, survenu dans sa 97ème année, les oeuvres ont rejoint les collections du Musée des Beaux-Arts de Strasbourg.

JPEG - 5.8 Mo
Aquarelle de 1913 représentant la villa Oppenheimer et son jardin A.M.S, 709W105 Dossier de la Police du bâtiment, 40 rue de Verdun (Mannheimerstrasse).
Jean Daltroff

Sources et bibliographie

  • Archives municipales de Strasbourg, série Police du bâtiment - 40 rue de Verdun (Mannheimerstrasse) 709 W 105.
  • Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg, M 27 502, M 27 503.
  • Jean Daltroff, « Les Adler et Oppenheimer », Revue d’Alsace [En ligne], 136 | 2010, mis en ligne le 01 octobre 2013, consulté le 25 juillet 2016. URL : http://alsace.revues.org/178

Dernière modification : 16/08/2016

Haut de page