Inauguration de l’Institut Diplomatique et Consulaire

(Paris, 7 avril 2010) Discours d’ouverture du Ministre ds Affaires Etrangères et Européennes, Bernard Kouchner.

Chers Collègues, c’est vrai qu’il y a un an, nous ne pensions pas vous réunir pour inaugurer l’Institut diplomatique et consulaire, dont le bâtiment n’existait pas encore. La Convention est finalement un cadre très agréable, malgré les inquiétudes du personnel. Le bâtiment du Quai d’Orsay de 1856 n’est pas fait pour se rencontrer. On n’est pas porté vers les autres, on est porté vers l’ensemble du monde mais pas vers son voisin immédiat. Je vous rappelle d’ailleurs qu’il y a une séance de cinéma tous les mois.

Je vous félicite d’avoir choisi le ministère des Affaires étrangères et européennes. C’est une chance exceptionnelle que d’avoir, grâce à vous, un regard neuf sur le monde. Cet Institut diplomatique et consulaire, qui n’existait pas et qui en lui-même était une idée peu originale parce que d’autres à travers le monde existent, vient renouveler une pensée diplomatique et peut-être une réalité diplomatique différente. Il n’y a pas de doute, l’héritage est lourd, il est une expérience très intéressante et c’est ce que vos aînés ont pour tâche de vous faire savoir, de vous faire connaître, de vous faire découvrir.

Cet héritage est fondamental, la diplomatie française, l’une des plus grandes - certains vous diront "la plus grande diplomatie du monde" -, porte cette histoire, ces souvenirs, cette technique, cette expérience, cette mémoire. Et vous en êtes les héritiers. Ce n’est pas facile, cela se caricature très souvent. Vous entendrez dire de bien vilaines choses sur les diplomates, il faut vous y faire, moi qui n’étais pas diplomate et qui pensais la même chose, je m’y suis fait. Mais ce n’est pas tout à fait vrai. Les choses évoluent. Il y a bien longtemps, j’avais eu l’occasion de rencontrer des diplomates dont le regard sur le monde était limité, limité à cette Histoire, à cette mémoire, à cette expérience et à ces méthodes.

Vous avez le devoir impérieux de renouveler ces méthodes et de porter votre regard plus loin. C’est peu dire que le monde a changé, c’est une "tarte à la crème", en général, les gens s’arrêtent là. Le monde a changé, il n’y a plus l’hyper puissance, l’impérialisme, tout est à faire. Tout est à faire pour vous, tout est à reconquérir. L’importance de notre diplomatie dont j’ai souligné non seulement le passé mais la vraie dimension historique, cela ne va pas vous suffire, cela ne vous suffira pas. C’est peu dire que nous avons essayé, mais je vais quand même vous le dire, Stéphane Romatet l’a résumé, Nathalie Loiseau pourrait le faire, Christian Masset aussi sans parler de Jacques Audibert le directeur politique, alors je peux vous dire, déjà le mot "politique", attention ! Le mot "politique", j’ai connu un temps où au ministère des Affaires étrangères l’on ne parlait pas de politique. Cela n’avait rien à voir, pratiquement. La politique, c’était une activité un peu vulgaire et même souvent très vulgaire qui ne concernait pas ceux qui avaient pour mission, et cette mission sera la vôtre, de représenter la France à travers son service diplomatique.

Avant de rentrer dans les petits détails de ce qui a changé ici, disons tout de suite quand même que notre instrument diplomatique est universel. Il ne suffit pas de dire cela et il ne suffit pas non plus de dire que vous représentez notre pays mais c’est néanmoins tout à fait essentiel. Vous représentez la France grâce à un mouvement, un circuit, une configuration diplomatique universelle.

Nous avons maintenu cette nécessité, même si ce n’est pas facile parce que, être représenté dans tous les pays du monde, cela veut dire surtout comprendre tous les pays du monde. Cela veut dire les rencontrer, peut-être les analyser, les comprendre et vous emparer d’un certain nombre de messages que vous rapportez en France. Notre diplomatie est universelle, nous n’avons pas bougé là-dessus.

Stéphane Romatet et tous ceux qui sont ici vos aînés sont responsables de cette exigence. Nous avons voulu rester universels, il y a peu de diplomatie universelle, ils sont très exigeants mais après, il faut les moyens de suivre cela et nous n’avons pas beaucoup de moyens, il faut vraiment que vous vous le mettiez dans la tête. Nous n’avons pas les moyens de nos ambitions ! Eh bien, maintenant nos ambitions et on verra bien pour les moyens ! Reviendront-ils ? Les développerons-nous ? Nous verrons bien. En tout cas, l’ambition de représenter la France à travers l’ensemble du monde sur tous les continents demeure notre ambition majeure. Il y a bien sûr des continents et des pays qui comptent plus pour nous, nous y viendrons. D’abord, nous avons une diplomatie universelle.

Vous avez choisi et vous avez bien fait. J’ai aussi choisi d’abord de connaître ce monde et lorsque l’on m’a présenté cette occasion unique de le représenter avec vous tous, j’ai été très heureux. Qu’ai-je découvert ? Comment dirai-je pudiquement ? Que c’était difficile.

D’abord, vous travaillerez beaucoup. Il y a des gens qui ne travaillent pas mais ce n’est pas la majorité. Vous travaillerez plus, beaucoup et plus vos moyens se rétréciront et je ne souhaite pas qu’ils se rétrécissent, et plus vous aurez à travailler. En poste, c’est-à-dire à l’extérieur, à la centrale aussi, vous aurez à travailler d’arrache-pied. Vous verrez, en partant très tard le soir, pour ceux qui le feront, vous rencontrerez toujours les mêmes, d’ailleurs, cela crée une sorte de fraternité absolument indispensable. Et puis, second point, pour avoir accès et maîtrise de cette diplomatie universelle, vous avez besoin de l’expérience de vos aînés.

Stéphane Romatet a eu raison de souligner que ce que nous avons voulu dans l’Institut diplomatique international, c’est d’abord que vous bénéficiez de vrais récits humains, d’expériences vécues par les autres avant des cours théoriques que vous aurez aussi évidemment.

Qu’ai-je découvert ? Que la diplomatie avait laissé passer bien des occasions, parce qu’à force de ne pas se rendre compte que le monde a changé et que nous sommes un pays de puissance moyenne - d’ailleurs c’est oublier l’Europe, dont je vous parlerai -, des occasions ont été manquées par ce mouvement diplomatique, par cette diplomatie à la française.

On n’a pas beaucoup voulu s’intéresser à l’économie et les activités économiques, les activités commerciales n’étaient pas très populaires. La diplomatie c’était autre chose. Oui, c’est autre chose, mais c’est aussi cela. Car si vous ne vendez pas vos produits, cela va être plus dur, surtout pour avoir plus d’argent pour la diplomatie d’ailleurs. L’économie a été ajoutée peut-être à cet esprit un peu différent. Maintenant, cela fait un tout dans un poste, vous rencontrerez tout le monde bien entendu. Mais, quand même, je crois que l’occasion a été pour une part manquée.

D’ailleurs, nous venons de décider que dans la formation, qui ne concerne pas seulement les jeunes recrues, pas seulement ceux qui viennent de choisir, très heureusement j’en suis sûr, ce ministère et cette activité internationale, les autres aussi, y compris les ambassadeurs, se verront bénéficiaires d’un enseignement commercial, économique. On ne vend pas des centrales - d’ailleurs on ne les vend pas souvent - parce qu’il y a un désir diplomatique ou parce qu’il y a une volonté, parce que le pétrole manquera. Non. Il faut avoir une méthode aussi, cela s’apprend. Evidemment, je ne sais pas en combien de temps. En tout cas nous ferons un enseignement aussi pour les ambassadeurs.

Lorsque je vous parlerai de la culture, parce que je vais en venir à ce qui a changé, imaginez un enseignement culturel pour vendre la culture de France, pour répondre à l’appétit de France, ce n’est pas facile non plus, et nous ne sommes pas complètement en règle. Vous pouvez demander au ministère de la Culture avec lequel, belle nouveauté, nous travaillons la main dans la main, nous faisons avec eux des programmes pour enseigner. Enseigner la culture, c’est un peu compliqué.

Vous êtes les premiers bénéficiaires d’un enseignement de quatre mois. Mais nous mettrons ces enseignements à la disposition de tous les agents, y compris les ambassadeurs. Et d’ailleurs il faut que vous visitiez cette emprise de La Courneuve - il y a eu cet enseignement avec un certain nombre d’ambassadeurs qui a commencé il y a un mois.

Qu’ai-je trouvé ? Un cadre doré, beaucoup de majesté, beaucoup de souvenirs cachés et un regard sur le monde qui, à mon avis, était moins proche des personnes qu’il ne le fallait. Ce n’est pas tout à fait vrai, je suis injuste en disant cela, parce que chacun des agents, chacun de ceux qui avaient été en poste - et singulièrement les ambassadeurs parce que le poste des postes et que vous briguez tous sûrement, c’est d’être ambassadeur, c’est d’être responsable d’une équipe qui représente la France. Mais pour y arriver, vous connaîtrez quelques étapes nécessaires. Ce regard, de mon point de vue, de ma propre expérience, manquait de proximité.

Vous aurez à découvrir des gens qui, eux-mêmes, ont terriblement changé, je parle du pays, je parle de la culture, je parle des postes où vous serez responsables d’un certain secteur. Et cela a considérablement changé ces dix dernières années.

Vous ne pouvez pas parler de l’Afrique avec un aspect misérabiliste comme on en a eu souvent, "et je t’envoie de l’humanitaire" - je suis bien placé pour le savoir - et puis, voilà, c’est terminé. D’abord ils ont 7 % de croissance, et nous combien ? D’accord ils partent de plus loin. Mais c’est un continent qui, en 2050, aura 1.5 milliard d’habitants. C’est en face de nous, non seulement l’histoire, l’histoire de la colonisation en particulier, mais ne nous attardons pas sur ces détails essentiels, mais quand même cette histoire est la nôtre en particulier. Elle l’est devenue complètement, je parle au lendemain du premier anniversaire de l’indépendance, cinquante ans au Sénégal d’ailleurs avec un échange qui témoigne du mouvement, qui témoigne d’une interrogation sur l’histoire qui est absolument nécessaire.

Tout cela a changé. Il y a vingt ans, il y a trente ans, l’Afrique n’avait vraiment pas grand chose à voir avec la réception que vous aurez dans les postes africains, avec les responsabilités dont vous serez chargés dans ces postes africains.

Je peux parler des Etats-Unis ou de l’Asie qui sont tout à fait essentiels, non seulement pour notre développement économique mais pour notre contact avec le reste du monde. L’Asie, il y a 30 ans, ce n’était pas du tout la même chose. C’est la raison pour laquelle je vais vous parler des changements qui ont été opérés, imparfaitement mais au moins commencés. C’est à travers cette vision humaine, ces contacts nécessaires et plus il y aura d’Africains moins vous aurez la possibilité de contacter chacun d’entre eux, c’est évident. Je ne vous demande pas de rencontrer, avant 2050, le 1.5 milliard, non, mais c’est à travers ces contacts humains que vous aurez une vision politique différente.

Je pense que la politique s’apprend à travers les hommes et les femmes, quand je dis les hommes, je devrais dire les femmes et les hommes car l’avenir de l’Afrique, ce sont les femmes.

C’est cette vision-là qui vous façonnera politiquement et diplomatiquement. Si vous voulez diplomatiquement puis politiquement, je veux bien, mais c’est une vision politique des choses qu’il faut.

J’ai dit aux ambassadeurs dans cet endroit, "soyez les militants de la France".

A vous jeunes gens, je vous dis, comme un très beau poème d’Aragon qui dit : "Il y a toujours pour vous jeunes gens, une aventure pour y partir". A vous je dis : "Jeunes gens, soyez les militants de la France" ! C’est cette vision infiniment politique qui vous permettra de ne plus en faire si vous le souhaitez ou de ne pas en faire de façon traditionnelle si vous le souhaitez. Cette vision me manquait à travers mes souvenirs.

Et cette vision me manquait à travers mes souvenirs, parce que j’ai été secrétaire des Affaires étrangères dans le gouvernement de Michel Rocard. Cette vision me manquait parce qu’elle était mon expérience mais aussi parce que je la crois complètement utile. La vision diplomatique traditionnelle vous sera un enrichissement permanent, mais cela ne peut pas suffire.

Lorsqu’il y a trois ans, nous sommes arrivés, nous avons décidé avec les secrétaires généraux de créer la direction de la Mondialisation, dont Christian Masset est responsable. Dans cette direction, il y a des disciplines, j’en ai cité quelques-unes, qui n’étaient pas contenues dans la démarche diplomatique. Comptez le nombre des télégrammes qui portaient sur l’environnement ou sur la manière d’appréhender le changement climatique, il n’y en avait pas beaucoup. Cette direction tient compte de toutes ces avancées, de toutes ces directions, ces disciplines, ces terrains qu’il fallait défricher.

Nous avons créé un pôle des religions, ce serait incroyable de considérer le monde aujourd’hui sans prendre en compte cet aspect. La connaissance des religions fait partie de ce qu’il faut connaître pour comprendre le monde tel qu’il est.

Autre exemple, la démographie. Si vous ne connaissez pas la démographie, vous avez sur le monde un regard limité. N’aurions-nous pas le droit de parler du 1.5 milliard de personnes en Afrique et de ce que cela représente en alimentation quand un milliard de personnes ne savent pas s’ils auront à manger le soir quand ils se lèvent le matin ?

Toutes ces disciplines, nous les avons regroupées dans la direction de la Mondialisation. Je suis sûr que nous avons manqué un certain nombre de ces disciplines, un certain nombre d’angles d’approche du monde. Nous avons essayé, nous perfectionnerons.

S’agissant de la culture, depuis très longtemps s’opposaient une approche culturelle et une approche diplomatique. Les personnels n’étaient pas les mêmes, la formation n’était pas la même et nous voyions se développer une réponse à la demande culturelle qui allait dépasser notre approche française. Il y avait l’Institut Goethe, l’Institut Cervantes, le British Council. Nous avons commencé, mais pas encore achevé, une réforme culturelle votée en première lecture au Sénat. Pour la première fois, la Commission des Affaires culturelles et la Commission des Affaires étrangères se sont réunies, et j’espère que l’aventure va, non pas s’achever, mais commencer grâce à vous. Vous arriverez dans cette ère où l’approche culturelle, où la réponse française à la demande de France, sera différente et à mon avis très largement améliorée.

Pour faire bouger les choses, nous avons besoin de vous, jeunes gens, et nous en avons singulièrement besoin dans le domaine de la culture. L’offre n’était pas suffisante, la demande est gigantesque. Il y a toujours pour vous une guerre à mener. Cette réforme culturelle nous permettra d’inclure la direction de la Mondialisation qui, vous le comprenez, ne peut pas être la même à Lusaka, à Ouagadougou ou à New York, à San Francisco, il faut s’adapter. Il faut que vous, vous fassiez remonter cette exigence, cette demande balbutiée ou même sous-entendue. Il faut que vous ayiez le talent de comprendre ce qui se passe dans les postes, dans les pays avec les personnes que vous rencontrerez pour relayer cette information à Paris. Nous ne pouvons pas tout décider de Paris, et c’est par le biais de cet Institut français, qui avec les Alliances françaises avec qui nous travaillons étroitement, avec qui nous constituerons un seul réseau, que nous aurons un label unique et une réponse qui dans trois ans, cinq ans au maximum fera parler d’elle dans le monde entier, par sa nouveauté, par son dynamisme, par sa modernité.

Quand je disais tout à l’heure que c’est le contact humain qui compte, dans le domaine culturel, c’est absolument essentiel. L’approche française est de s’intéresser d’abord à la culture des autres, c’est connaître et comprendre la culture des autres et la faire se rencontrer avec la culture française. Tout dépend de vous, tout dépend de l’ambassadeur car pour l’heure, et cela changera si cela ne marche pas, l’ambassadeur reste le responsable de tout ce qui constitue le poste, y compris de l’Institut culturel et de leurs directions. Voilà cette réforme, et il y en a beaucoup d’autres.

Nous avons voulu que la direction de la Prospective soit plus accessible, il nous manque des "think tanks" à la française. C’est une nécessité que d’offrir cette perspective à la pensée, à l’approche, à la culture, à cette imprégnation, à ce désir de France. Nous avons chargé Marie Mendras, non pas de réformer, car le mot est à la fois trop bureaucratique et peut être trop faible, mais d’essayer que se rassemble autour du Quai d’Orsay un certain nombre d’intellectuels, de praticiens de la compréhension de la vie des autres, de faire en sorte que cela ne soit pas réservé à la diplomatie, que cela vienne nourrir la diplomatie.

Les directions géographiques qui sont aimablement représentées devant moi n’ont pas disparu pour autant. On a essayé de leur donner une approche plus vivace. Cette approche vivace est par exemple bien représentée par Jean Mendelson, ici présent. Si vous allez à La Courneuve vous comprendrez. Le bâtiment est superbe. Il est à peine connu. L’accès à ces archives diplomatiques représentant cette mémoire que j’ai évoquée, ces souvenirs, cette histoire de la France n’est pas assez fréquenté. Ce sont les plus belles et les plus volumineuses mais aussi les plus intéressantes archives diplomatiques du monde. Il y a une salle de lecture absolument formidable, mais on n’a pas encore fait passer cette idée qu’au ministère des Affaires étrangères et européennes la vie intellectuelle certes s’enracine dans le passé, dans des manuscrits des temps anciens, mais peut être une pensée moderne sur l’appréhension du monde.

Votre travail sera dur. Il faudra, pour chacun d’entre vous, convaincre. Vous aurez à convaincre vos collègues, surtout les plus âgés. Vous devrez convaincre non pas par vos certitudes énoncées d’avance, non pas par une compréhension qui viendra et qui s’adaptera aux compréhensions des autres, mais par votre compétence et en vous installant dans cet endroit où la vie collective, où l’ambiance est bien meilleure qu’on ne le croit - vu de l’extérieur, ce sont des compartiments, des couloirs, des bureaux dans lesquels on ne rencontre pas toujours les agents qui y travaillent. Allez plus loin que ces aspects superficiels, vous verrez qu’il y a une vie collective, que les collègues comptent beaucoup. Ne restez pas évidemment limités à cette surface immense qu’est le monde et la diplomatie française qui travaille dans ce monde, mais il faut que vos rapports avec vos voisins, vos collègues priment par-dessus tout. Bien sûr que vous aurez à suivre des directives et des ordres d’ailleurs, et vous aurez à travailler parfois de façon isolée. Je pense que le travail collectif, la rencontre, l’enrichissement par les autres doivent être absolument au premier rang de vos préoccupations dans ce ministère.

Je terminerai par ce que j’ai oublié au début, c’est-à-dire l’approche politique. D’abord, il y a un cabinet qui entoure le ministre, quel qu’il soit. Je rencontre les anciens ministres. Il y en a que j’admire beaucoup. Il y en a que j’admire moins. Mais il y a une vraie connivence. C’est d’avoir ou non eu accès aux agents que vous êtes. Il y a des ministres qui sont passés sans laisser aucun souvenir, il y en a d’autres qui ont laissé les souvenirs de proximité sans laisser aucun souvenir politique. C’est ainsi, je ne sais pas d’ailleurs quel souvenir je laisserai ! En même temps, ce n’est pas très grave.

Autour du ministre, il y a donc un cabinet et je souhaite qu’un jour, c’est difficile à envisager, on l’a tous envisagé, disparaisse ce cabinet pour que l’on ait accès plus vite aux directions et aux personnels qui travaillent dans ces directions. Ce cabinet joue le rôle d’un écran parce qu’il est chargé de sélectionner les informations, de relayer les décisions ou les désirs de décision qui ne sont pas toujours traduits en actes vers les milliers d’agents. On a toujours rêvé, les uns et les autres, de travailler directement avec les services, avec les directions. C’est très difficile. Ce sont des travaux complémentaires, mais qui ne sont pas toujours faciles à distinguer. Si on fait l’un, on ne fait pas l’autre. Il y a un cabinet, je remercie tous ceux qui me supportent et tous les membres de ce cabinet, qui travaillent très rudement.

Et puis il y a une direction politique que représente avec beaucoup de bonheur Jacques Audibert, beaucoup de bonheur pour lui, beaucoup de bonheur pour moi, beaucoup de bonheur pour vous. Mais qu’est-ce que c’est "la politique" ? N’est-ce pas l’essentiel de tout ce que je vous ai dit ? Hier, le président Obama a précisé sa pensée nucléaire, si j’ose dire, du moins a précisé la politique des Etats-Unis, dans son renouveau et son renouvellement. Et c’est un changement politique. Peut-on donc résumer tout ce que nous avons dit des disciplines nécessaires, du travail, de la façon dont la direction de la mondialisation appréhende les choses, peut-on l’isoler par rapport à la politique ? Je ne crois pas. Et pourtant c’est nécessaire. Il y a une direction politique, je le disais à propos du nucléaire, qui est chargée de nous représenter dans toutes les instances où la politique du monde, les décisions politiques du monde se prennent. C’est Jacques Audibert qui le fait.

Et nous, nous y contribuons tous. Il faut bien vous rendre compte que ces milliers d’agents, tout cela concourt à ce qu’une connaissance imparfaite soit bâtie, qui nous permettra, en fonction, non pas seulement des décisions politiques des dirigeants politiques, mais en fonction des réalités changeantes de ce monde et qui ont changé considérablement, de vous faire une opinion, de nous influencer, nous, tous ceux qui sommes au Quai d’Orsay, à la Convention, à La Courneuve, partout, et d’ailleurs j’oublie Nantes. Vous avez besoin de les convaincre, nous avons besoin de votre conviction. Nous avons besoin de votre détermination et votre fraîcheur. Nous avons besoin de savoir ce que vous pensez. Cela va être difficile. Parce que l’on pense souvent pour vous. Ne vous laissez pas faire. Je vous le demande vraiment comme un ministre et comme un ami. Ne vous laissez pas faire. Ce n’est pas une entreprise personnelle destinée à combattre les idées politiques de notre pays, sa direction, le président de la République, le gouvernement, etc. Non. Sûrement pas. Mais nous avons besoin de savoir ce que vous pensez, dans votre pratique française sûrement, mais surtout dans votre pratique en poste, dans votre pratique internationale, de savoir si nous nous sommes trompés, de savoir comment nous pouvons nous améliorer. Tout cela fait la politique.

Ce ne sont pas seulement les directeurs politiques qui se rencontrent à travers le monde. Maintenant on se rencontre à la fois beaucoup et moins, parce que l’on fait des conférences téléphoniques. Il y a maintenant régulièrement une conférence téléphonique entre le président Obama, le Premier ministre britannique, la chancelière allemande et le président de la République française. Il y a d’autres conférences téléphoniques bien entendu, mais celle-là est nouvellement régulière. Vous aurez affaire à cette modernité-là aussi, c’est que les dirigeants politiques se téléphonent. Vous inventez une autre diplomatie, où en effet les dirigeants se sont parlés. Et le contact personnel que vous devez établir avec vos collègues, les dirigeants de ce monde l’ont déjà établi. Et c’est cela qui change terriblement. C’est qu’il faut nourrir, compléter, et certainement interpréter. Alors la politique dans tout cela, ce n’est pas la politique partisane, ce n’est pas de savoir si vous votez à gauche, au centre ou à droite.

La politique de ce pays, et je termine par-là, est tout à fait essentielle. Il n’y a pas de puissance moyenne de la part de notre pays, il y a une influence universelle. Notre puissance économique n’est certainement pas comparable à la puissance des Etats-Unis, certainement pas, mais vous, vous vous apercevrez qu’il y a une écoute ou un besoin, une exigence de France qui n’est pas comparable à la dimension économique de notre pays qui est peut-être comparable, ou en tout cas en référence, à notre histoire mais qui est une exigence contemporaine.

Vous serez porteurs d’un message que l’on vous prête, d’une vérité que l’on vous prête, d’une interprétation que l’on vous demande. Il y a toute une approche française qui est infiniment politique mais qui se fonde aussi sur d’autres sentiments : l’amitié, l’affection, la fidélité, une espèce d’aura de la France qui a porté bien loin, partout à travers le monde quelque chose comme une approche, une explication, une critique différente des autres. Cela peut se résumer par la politique bien sûr mais pas seulement. Il y a tout un talent de la France suivant les années, suivant les époques, suivant les pays, les différends, mais il y a toujours ce souvenir.

En choisissant le ministère des Affaires extérieures, je dis cela en référence, vous ministère des Affaires étrangères, au service extérieur de l’Europe auquel vous aurez affaire, il y a un message de la France, une exigence de France, un désir de France mais il y a une Europe. Nous existons, je viens d’essayer de témoigner d’une existence forte de la France, mais si nous n’avons pas d’Europe, nous serons particulièrement handicapés et nous nous retrouverons dans une très grande difficulté. L’Europe, c’est notre chance, c’est aussi notre exigence et ce fut en partie, ne soyons pas arrogants comme on nous le reproche si souvent de l’être, tout de même une proposition de la France. L’Europe est en train, et vous arrivez à ce moment-là, de connaître un vrai virage. 60 ans, c’est lent, c’est horriblement difficile, cela fait moins plaisir qu’avant, ce n’est pas aussi aventureux que cela le fut, mais c’est notre nécessité, c’est notre espoir et c’est à notre portée.

Aujourd’hui, il y a un service extérieur que vous aurez à rencontrer, peut-être que vous choisirez un jour de servir ce service extérieur de l’Europe. Il y aura une diplomatie qui ne devrait pas être parallèle à la nôtre mais qui sera forcément un peu différente - ce n’est pas aisé, on le voit à présent avec Mme Ashton, Haute représentante de la politique extérieure et de sécurité et M. Van Rompuy, président du Conseil. C’est une proposition qui vous est faite, qui vous sera faite dans les mois ou les années qui viennent. Non seulement, il faut s’en accommoder mais il faut la dominer, non pas pour imposer notre impérialisme mais parce que le service extérieur de l’Europe doit être fait de jeunes gens d’origines diverses, comme l’a souligné Stéphane Romatet, d’âge relativement proche et qui pourraient choisir l’Europe, représentant ainsi notre contribution française au service extérieur - proposé depuis le 25 mars, c’est très récent ! Ce service extérieur profiterait de cette expérience de la diplomatie française, de ces mémoires additionnées que vous représenterez et qui, pour le moment, font encore défaut parce que ce n’est pas très populaire de quitter un service diplomatique pour la Représentation européenne.

Mais il n’y aura pas d’Europe majeure, et nous l’avons voulu avec le Traité de Lisbonne, sans un service extérieur de l’Europe fort, égal - pas de préférence pour la venue d’un service diplomatique ou d’un autre, d’une provenance de la Commission ou d’un ministère des Affaires étrangères.

Il faut que tout cela s’équilibre, nous sommes en train de le choisir, de le modifier, de le façonner et vous aurez en permanence à vos côtés dans les postes nationaux, dans la représentation de notre pays pour vous et des autres pays dans les postes et les pays où vous servirez, un service extérieur de l’Europe. Je ne connais pas encore l’objet, j’ai eu quelques expériences avec des représentants de la Commission très forts et porteurs de projets, c’est une concurrence redoutable. Je vous le dis parce qu’ils ont de l’argent et lorsqu’ils proposent un projet, ils ont le financement. Mme Catherine Ashton lorsqu’elle décidera de quelque chose, en ayant consulté les Vingt-sept, aura les moyens de sa politique, ce qui n’est pas toujours notre cas. La concurrence sera donc exigeante, mais c’est une aventure formidable et nous n’aurions pas à bénéficier de votre jeune dynamisme si nous ne mentionnons pas ce qui sera notre complément ou, nous, leur complément.

On a pu considérer, et cela autour de cette table, que j’avais un regard très critique sur la diplomatie française qui, à mon avis, n’est pas assez proche des gens - je vous l’ai dit - et peut être trop porteuse d’histoires pour être très moderne. Plus j’entends critiquer les diplomates -croyez-moi, j’en ai l’occasion - et plus je les défends. Si vous êtes capables de tout bousculer dans le bon sens du terme, d’apporter cette jeunesse dont vous témoignez et plus ce sera important pour votre diplomatie et pour nos expériences de s’être nourris des vôtres.

Je vous remercie d’avoir choisi le ministère des Affaires étrangères et européennes, évidemment je vous envie et d’ailleurs nous tous, malgré les hauts postes auxquels nous avons accédés, nous vous envions, nous vous considérons comme des collègues, nous vous considérons avec envie et avec bonheur. Merci beaucoup.

Q - Ma question se pose sur les nouvelles zones dont vous avez parlé, c’est-à-dire l’Afrique, l’Asie et notamment l’Asie, avec, comme vous l’avez précisé, un développement économique sans précédent et j’aurai voulu savoir si la diplomatie française s’oriente vers une multiplication des postes dans cette zone ?

R - On nous reproche beaucoup d’avoir diminué parce que nous devons, c’est la consigne, supprimer un poste sur deux - il s’agit du non-remplacement de départs à la retraite, ce qui, ne vous inquiétez pas, ne vous concerne pas ! Il faut alléger l’administration française et c’est fait. On nous reproche donc beaucoup de l’avoir surtout fait et je parle devant Stéphane Romatet qui en est l’auteur, on a beaucoup allégé les petits postes et pas assez les gros.

Néanmoins, en même temps nous en avons créé et si l’on veut créer des postes dans les endroits dont vous parlez c’est-à-dire en Chine, en Inde, on a essayé et on l’a fait. Cela, cependant, coûte excessivement cher, vous ne pouvez pas vous dégager des problèmes de financement. Nous avons donc créé des postes, des consulats, nous avons renforcé un certain nombre de postes. Vous parlez de l’Asie, nous avons créé des consulats en Inde (Bangalore et Calcutta), en Chine (Chengdu, etc…) et on va en créer d’autres.

Seulement on ne peut pas faire cela du jour au lendemain. Dès que je demande à mes amis ici présents de renforcer un poste ou d’en créer un, c’est difficile. Je vais prendre l’exemple du Soudan, c’est un sujet politique, il y aura probablement un référendum en 2011 qui va séparer le Sud Soudan du Nord Soudan, - je n’en suis pas sûr, mais cela va être fait. Je voudrais créer un consulat général à Juba où tout le monde est présent - les Chinois, les Britanniques, les Américains, les Japonais… -, nous, on avait un poste diplomatique avec seulement un individu qui n’avait pas de moyens, un individu formidable, courageux et aujourd’hui ambassadeur. On n’a toujours pas créé et je le dis publiquement, il faut le faire.

Comment voulez-vous que l’on fasse s’il n’a pas les moyens ? Nous créons des postes mais à chaque fois, pour le moment, il faut faire des économies ailleurs si on veut les créer tant que nous n’aurons pas un budget suffisant ! Le budget du ministère des Affaires étrangères et européennes représente 1 % du budget de l’Etat, ce n’est rien du tout ! C’est ce ministère qui a consenti le plus de sacrifices pour obéir aux consignes politiques au sens administratif du terme, on ne peut pas rogner tout le temps ! Pour le moment, on fait des miracles, on exige beaucoup de nous, nous avons été le ministère le plus fidèle aux consignes administratives, qui a rogné, qui a pris sur lui-même. Je ne peux pas vous répondre précisément : oui, nous en créons, et oui, il faut une jeunesse pour donner de l’existence, de la surface et de l’étendue à notre influence à partir de ces nouveaux postes. Nous le faisons et, grâce à vous, nous le ferons mieux.

Les gros postes, je vous le dis, doivent être diminués. Je vais vous donner juste un petit exemple : au Togo, il y 100 agents, devinez combien il y a de diplomates ? Il y en a 4 et nous sommes le ministère qui fait le plus de sacrifice, ce n’est pas normal ! Bien sûr, il y a tout un environnement militaire, économique, il faut que les ministères fassent parallèlement des efforts comme nous, nous le faisons. Vous seriez étonnés d’apprendre que dans notre plus grand poste qui est Washington, il y a 380 agents, et 12 diplomates !

Vous avez du mérite, vous êtes parvenus par le biais de formations différentes mais complémentaires dans un ministère que vous ne regretterez pas d’avoir choisi, beaucoup plus vivant que les autres, je vous le dis !

Q - Pour reprendre cette idée de la vocation, comment peut-on garder sa vocation et essayer de rendre le monde un peu meilleur si on ne peut pas, au Togo, rencontrer le candidat de l’opposition sans se faire expulser ? Et, plus largement, comment peut-on devenir diplomate sans uniquement utiliser le langage diplomatique ?

R - J’aime votre question mais vous prouvez que vous ne vous laisserez pas faire et je vous demande de ne pas vous laisser faire.

Un diplomate doit pouvoir recevoir, dans le poste où il est, les candidats de l’opposition. Puisque nous avons pris l’exemple du Togo où les candidats de l’opposition ont été reçus, il y a eu une protestation, on a expulsé notre diplomate, nous avons expulsé un diplomate du Togo à partir de Paris, j’ai téléphoné au président… Bref, les détails, le directeur politique va me reprocher de vous les fournir, on ne parle pas des contacts téléphoniques.

Vous devez donc pouvoir recevoir, vous intéresser à la vie politique du pays… Je veux, je souhaite, je l’ai répété souvent, que tous les postes deviennent des maisons des droits de l’Homme. Vos postes diplomatiques doivent pouvoir accueillir non seulement les ONG, bien sûr et c’est facile maintenant. Mais vous savez quand "j’étais une ONG", si je puis me permettre, je n’étais pas reçu pas les ambassadeurs. Vous savez comment on nous appelait au début ? Médecins sans diplômes.

Bref, vous voyez, l’évolution se fait. Maintenant, les ONG sont reçues dans les ambassades et d’ailleurs si elles ne l’étaient pas, il faudrait me prévenir, je ferai en sorte qu’elles le soient. Cela a vraiment beaucoup changé. Dans ce domaine aussi, mais la prise en charge des droits de l’Homme est beaucoup plus lente.

Vous ne pouvez pas à la fois être un agent diplomatique et un militant… Il faut conserver cet esprit mais vous aurez à faire quelques petits ajustements. Vous ne pouvez pas considérer que les droits de l’Homme sont la dimension unique de la diplomatie française. Se transformer en maison des droits de l’Homme, oui absolument. Mais il n’y a pas que cela. Nos intérêts économiques existent, nos intérêts politiques également, vous en êtes les représentants. Il faut marier ces trois, ces quatre, ces dix composantes. Cela, ce sera votre talent et parfois il y aura des choix difficiles, je ne vous le cache pas et vous vous ferez détester. Mais enfin, je vous fais confiance, vous représentez une génération pour qui les droits de l’Homme seront à la fois un choix plus évident et une difficulté permanente, comme elle l’était. Auparavant, le choix n’existait pas, je vous l’assure, il y a trente ans, ce n’était pas à la mode.

Quand on se plaint d’un monde dangereux, il est dangereux pour d’autres raisons, c’est cela la direction de la Mondialisation, c’est d’appréhender ces changements, il y a d’autres difficultés, d’autres façons de s’affirmer et d’autres façons d’être jeune, d’avoir de l’ambition et d’être opposé par nécessité, nécessité de la transgression, tout ce que l’on veut.

Et pourtant, il y a des exigences plus fortes encore par rapport à nous. Par rapport à nous, pourquoi ? Parce que, avant, nous avions la certitude, fondée, d’être parmi les meilleurs quand même, au moins : la France, quatrième ou cinquième pays du monde. Maintenant, c’est beaucoup moins vrai, on découvre que les gens travaillent, qu’ils sont aussi habiles que nous, que nous n’avons pas l’apanage de la recherche. Quand on vend une usine Airbus en Chine, un an et demie après ils en fabriquent. C’est une difficulté qui n’a plus grand chose à voir, même si la préoccupation des droits de l’Homme doit rester permanente, avec ce combat pour l’élémentaire d’un humanisme que vous avez l’air de porter et que je vous félicite de porter.

Q - Je voudrais savoir si, de votre point de vue, le maintien de l’universalité du réseau diplomatique serait assuré dans les années qui viennent ?

R - Je vous ai donné des chiffres par rapport aux postes. Il faut vraiment que les choses évoluent un tout petit peu. Je ne vais pas parler des activités consulaires qui sont tout à fait essentielles. Mais nous avons vraiment fait beaucoup de progrès - cela nous a coûté cher d’ailleurs -, d’abord dans la biométrie, deuxièmement dans l’externalisation d’un certain nombre de services à partir des consulats parce qu’il y a des demandes de visa. Et la politique des visas par rapport à l’Europe, on ne sait pas si le service extérieur de l’Europe s’occupera ou non des visas, parce qu’il y a une part nationale, mais il y a l’espace Schengen. Tout cela constitue des dossiers particulièrement intéressants.

Enfin, en tout cas, c’est une activité tout à fait essentielle, nous ouvrons des consulats. On ne peut pas tout faire, nous tentons de le faire.

L’essentiel est de connaître la société civile dans les pays où vous êtes.

On a parlé du Kirghizstan. J’ai voyagé un peu en particulier en Asie centrale. Mais, comment me suis-je rendu compte qu’un ambassadeur qui était en poste dans un autre pays allant au Kirghizstan, cela ne suffisait pas ? C’est parce que le prince Aga Khan m’en a parlé, c’est parce que j’ai un contact personnel avec les ONG, que la fondation Aga Khan est répandue à travers le monde entier, que c’est un exemple non seulement de gestion - c’est elle qui gère par exemple notre hôpital de Kaboul, grand succès de l’hôpital français de Kaboul, le reste n’est rien si on ne continue pas et il est menacé surtout à travers ce que Karzaï a dit il y a deux jours.

C’est l’Aga Khan qui m’a dit : il se passe des choses au Kirghizstan, il s’en passera d’autres, la France n’est pas là, on en a besoin. Cela s’est fait il y a trois ou cinq ans et, finalement, on a ouvert ce poste. Pas seulement des consulats, on a ouvert une ambassade, ce ne sont pas des frais gigantesques.

Mais je vous assure que ces exemples, il y en a tout le temps, à fleur de peau. Je ne vous parle pas du terrorisme, de l’extrémisme, des oppositions que l’on rencontre à travers le monde. Mais vous aurez à en parler parce qu’on nous adresse des reproches. Sur le site du ministère des Affaires étrangères et européennes, nous mettons en garde un certain nombre de gens et en particulier les touristes. Et nous avons fait passer, dans le projet de loi sur l’Agence culturelle, comme une espèce de cavalier, comme on dit, une nécessité d’assurance quand on va dans des zones dangereuses pour que l’on n’ait pas à payer des millions et des millions.

Car il y a quelque chose que je ne vous aie pas dite dans notre modification. J’ai parlé avec beaucoup de respect de la direction de la Mondialisation. Mais d’abord et avant tout et tout de suite, nous avons créé un Centre de crise. Allez-y pour ceux qui ne connaissent pas, vous allez voir le travail ! Nuit et jour ! En cas de crise, il y a cinquante personnes et ce n’est pas suffisant !

J’avais créé, quand j’étais secrétaire d’Etat auprès de Roland Dumas, un centre de crise. Je vous le jure, il a été démoli par les diplomates, droite et gauche réunies. Maintenant on l’a recréé, heureusement. Tout le monde reconnaît que c’est le centre d’excellence de l’urgence française, les ministères travaillent avec nous et surtout le monde entier. Pour Haïti, nous avons été les premiers à réagir une heure et demie après.

Le Centre de crise est un système de veille extraordinairement sensible. Les demandes qui sont adressées sont des demandes humanitaires. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela fait partie de la diplomatie, cela fait partie de votre métier. Vous approcher de la société civile, ce sera plus enrichissant souvent, pas toujours mais souvent, que d’avoir des contacts officiels. L’exemple du Kirghizstan, c’est cela. Il y a sept ou huit personnes, c’est la moyenne, théoriquement ce serait onze, c’est la moyenne d’une présence diplomatique. Ce n’est pas une distinction entre les bons ambassadeurs, les grands ambassadeurs et les petits. La présence diplomatique dans un pays comme celui-là, c’est souvent beaucoup plus intéressant que dans un énorme poste, pas toujours mais souvent.

Le président de la République, maître à bord, me demande de nommer autant d’ambassadeurs que d’ambassadrices, autant d’ambassadrices que d’ambassadeurs.

Q - (A propos du volet économique dans la diplomatie)

R - La France assurera la Présidence du G8 et du G20 en même temps, donc cet aspect proprement économique sur le G20 et directement politique sur le G8 puisque j’ai accompagné le directeur général Jacques Audibert au G8 la semaine dernière en parlant notamment du nucléaire.

Q - (Concernant la carrière de diplomate)

R - Quand on arrive à votre niveau, vous allez fabriquer du papier, c’est un peu frustrant et très souvent, on n’a pas directement un regard sur l’utilité de ce papier. Cela passe par des services et des services, c’est relu, changé, modifié selon la hiérarchie, c’est ainsi. Ne vous découragez pas, même si cela peut sembler frustrant. Je le sens de l’extérieur, si j’ose dire, -même si je suis à l’intérieur-, je sens cela très bien et c’est la raison pour laquelle Jacques Audibert a raison de donner cet exemple mais cela c’est l’achèvement du directeur général, des directeurs politiques. C’est un travail difficile et il faut absolument se créer une atmosphère d’équipe, une atmosphère collective alors que les papiers au départ sont individuels. Je vous assure que c’est difficile et la tentation souvent c’est de parler de son travail, peut-être trop et parfois à l’extérieur parce que le schéma décrit par Jacques Audibert est tout à fait juste. Cela prend des jours et des jours, plus que cela, sur des grandes idées, des mois, des années pour arriver à une conception qui puisse être défendue au nom d’un pays dans une Europe qui est celle dont nous avons absolument à tenir compte mais en faire partie, être Européen c’est notre seule chance dans le monde et vous aurez toutes ces étapes qui arrivent.

Chacun de vos petits papiers, chacun de vos travaux nourrira cette machine y compris vous-mêmes dans votre approche d’une réalité différente qui sera plus humaine que le papier que vous avez rédigé. Ce n’est pas la réalité du papier, ce n’est pas le papier lui-même qui sera important, c’est votre participation à un mouvement collectif, cela j’en suis absolument sûr et ce n’est pas facile dans ce domaine particulier des Affaires étrangères et de la politique parce que se créer assez facilement, cela dépend beaucoup de votre direction, des gens qui animent ce mouvement et de leurs expériences. Nourrissez-vous, je vous l’assure, des expériences des autres, cela vous permettra de supporter des choses qui au début ne sont pas très marrantes. Mais il y a toujours une réalité humaine derrière ces participations épistolaires, réflexives et décisives.

Inauguration de l’Institut diplomatique et consulaire->http://www.dailymotion.com/video/xcvj5v_inauguration-de-lyinstitut-diplomat_news]
envoyé par francediplotv. - L’info internationale vidéo.

Dernière modification : 28/05/2015

Haut de page