La nouvelle équipe du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes

(Paris, 7 juillet 2011) - Conférence de presse conjointe Ministre d’ État, Ministres des Affaires Etrangères et européennes, Alain Juppé, du Ministre Chargé de la Coopération, Henri de Raincourt, du Ministre chargé des Affaires européennes, Jean Leonetti, et su Secrétaire d’État Chargé des Français de l’étranger, David Douillet.

Alain Juppé - Mesdames et Messieurs, je suis heureux d’accueillir devant vous, aujourd’hui au Quai d’Orsay, Henri de Raincourt, Jean Leonetti et David Douillet à l’occasion de la présentation de la nouvelle configuration de ce que j’appellerai le pôle Affaires étrangères et européennes, issu du remaniement ministériel de la semaine dernière.

Vous connaissez tous Henri de Raincourt. Je voudrais saluer, une fois encore, son engagement et sa grande disponibilité au service de la politique de coopération de la France. Cela fait maintenant huit mois qu’il mobilise notre dispositif pour consolider nos partenariats avec les pays en développement, conforter les acquis démocratiques et contribuer à la gestion post-crise chez certains de nos partenaires.

Il sillonne sans relâche les pays d’Afrique. Le continent africain, il le sait - c’est la raison de son engagement - a devant lui des perspectives remarquables. Nous devons l’accompagner plus fidèlement que jamais, avec générosité, imagination, dans le respect des valeurs qui sont les nôtres et je fais évidemment pleinement confiance à Henri de Raincourt pour assumer cette mission.

Je suis heureux de saluer l’arrivée parmi nous de Jean Leonetti à la tête des Affaires européennes. Il lui appartiendra de gérer les grands dossiers européens à un moment où l’Union, vous le savez, traverse à nouveau une phase difficile.

Je sais depuis longtemps qu’il partage notre conviction que l’histoire de l’Europe est une histoire de crises à chaque fois surmontées. Je sais aussi qu’il aura à cœur, avec nos partenaires, de trouver des solutions à la mesure de notre ambition pour le projet européen en matière de gouvernance économique, de consolidation de la zone euro (avec notamment les perspectives financières pour la période 2014-2020), d’adaptation du dispositif Schengen, d’élargissement ou de politique de voisinage. Toute une série de dossiers avec lesquels il est déjà, j’ai pu m’en rendre compte, extrêmement familier.

Il s’est rendu à Strasbourg pour une première visite au Parlement européen et a déjà commencé à nouer des contacts avec son homologue allemand en se rendant à Berlin.

Je voudrais enfin saluer l’arrivée parmi nous de David Douillet à qui il reviendra de prendre toute sa part, en tant que secrétaire d’État chargé des Français de l’étranger, dans la mise en œuvre de notre politique des Affaires étrangères, mais aussi de s’occuper de nos deux millions de compatriotes établis à l’étranger.

Il s’est déjà rendu à la rencontre de nos compatriotes et des participants à la Conférence parlementaire de l’Organisation internationale de la Francophonie à Kinshasa.

Vous le voyez, le Quai d’Orsay est plus mobilisé que jamais, sous l’autorité du président de la République, pour faire entendre la voix de la France et agir sur tous les grands chantiers de la politique internationale. En ces temps de crise - mais aussi d’espérance -, face au défi de la mondialisation, la nouvelle équipe que j’ai le privilège d’animer est déterminée à tout mettre en œuvre grâce à l’engagement, à l’expertise, au professionnalisme de tous les agents de ce ministère au service de notre pays, de sa vision ainsi que de ses valeurs.

Je voudrais insister sur la mobilisation de notre appareil diplomatique. Chacun sait que ce ministère doit apporter - et a déjà apporté - une contribution particulièrement lourde à l’œuvre de redressement des finances publiques. Et loin d’avoir diminué sa capacité d’interventions ou d’initiatives, ce contexte lui permet de faire la preuve de tout son talent et de toute son efficacité. Je voudrais rendre hommage à tous les diplomates, à l’ensemble du personnel de ce département ministériel qui nous permettent de faire entendre une voix forte de la France et de prendre des initiatives pertinentes sur tous les grands dossiers, comme vous avez pu le voir au cours des mois passés.

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Henri de RAINCOURT

Henri de Raincourt - Merci infiniment. Quelques mots simplement pour dire que je suis très heureux, aux côtés d’Alain Juppé, de participer à cette équipe du ministère des Affaires étrangères et européennes et que, à tous les quatre, nous avons effectivement beaucoup de travail et beaucoup d’ambition devant nous pour les mois qui viennent.

D’autre part, je voudrais dire que la politique de coopération et de développement est un élément très important du rayonnement et de la politique d’influence de la France. Singulièrement en une période tout à fait inédite puisque, d’une part, nous devons faire face à un défi qui est celui de la démographie, en particulier en Afrique où l’on compte un milliard d’habitants aujourd’hui et où l’on parle de deux milliards en 2050 avec toutes les conséquences que cela va engendrer.

Ensuite, c’est un défi démocratique. Nous devons à la fois réussir les transitions qui sont aujourd’hui en cours et favoriser tous les élans démocratiques qui se font jour ici et là. À cet égard la France, je crois, a une politique en matière d’aide publique au développement qui est assez généreuse. Nous souhaitons l’ouvrir et l’étendre, dans le cadre du discours du président de la République au Cap en février 2008, à tout le secteur privé.

Nous souhaitons aussi pouvoir faire face à tous ces besoins nouveaux qui se font jour dans les pays en développement ; c’est toute la problématique des financements innovants et c’est l’une des raisons pour lesquelles je crois que nous pouvons être très satisfaits de constater que, pour la première fois, le G20 intègre dans son agenda une partie développement. Il y aura bien un G20 Développement, cela signifie que le ministère des Affaires étrangères est pleinement engagé et mobilisé. Je veux remercier aussi tous nos collaborateurs qui sont très disponibles et très impliqués dans toute cette préparation du Sommet de Cannes pour faire en sorte qu’à l’occasion du G20, on puisse apporter un certain nombre de réponses concrètes.

Je crois donc que de cette manière, entre le ministre d’État, l’Europe, les Français de l’étranger, la coopération et le développement, le ministère des Affaires étrangères est tout à fait en ordre de marche pour contribuer à l’émergence d’un monde meilleur. C’est, je crois, l’une de ses missions.

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Jean LEONETTI

Jean Leonetti - Je voudrais dire combien je suis heureux et honoré de travailler dans cette grande Maison, sous la direction d’un grand ministre, Alain Juppé.

Mon action s’inscrit dans la continuité de l’action du chef de l’État –qui, depuis 2007, a toujours eu à cœur de relancer la dynamique européenne. Le Traité de Lisbonne et les formidables succès de la Présidence française de l’Union sont là pour en témoigner.

Néanmoins, l’Europe traverse aujourd’hui une crise majeure. Comme vient de le dire le Ministre d’Etat, c’est par les crises que l’Europe se construit et grandit. Je suis intimement persuadé que, comme à son habitude, elle sortira renforcée de cette crise.

Lundi, je me suis rendu à Strasbourg, pour y rencontrer les parlementaires européens. Il me semblait légitime et important que les représentants du peuple d’Europe soient les premiers l’objet de ma visite. Je leur ai fait parvenir le message qu’une adoption rapide du paquet gouvernance économique était la clef de voûte de la résolution de la situation de crise que nous traversons en Europe.

J’étais hier à Berlin où j’ai rencontré mon homologue allemand. J’ai eu le plaisir de constater, sans surprise, que, sans que nous ayons à dissimuler nos divergences sur un certain nombre de points, nous partagions une pleine identité de vues sur l’essentiel : l’avenir de l’Europe, qui passe notamment par l’axe franco-allemand. Nous avons convenu de l’importance qu’il y avait à mettre en œuvre concrètement les décisions du Conseil, en particulier sur la clause de sauvegarde de Schengen, initiée par la France.

Dans dix jours, je serai à Bruxelles au Conseil Affaires générales et nous examinerons les perspectives financières de l’Union européenne pour 2014-2020 qui engagent l’avenir de l’Europe dans un contexte difficile.

Enfin, au mois de juillet, une réunion informelle avec mes homologues se tiendra en Pologne, qui permettra de débuter la mise en application des priorités ambitieuses de la Présidence polonaise.

Mon action ici, je l’envisage à l’image de ce début de mois de juillet, intense, passionnante, fondamentale pour l’avenir de notre pays et pour l’avenir de l’Europe.

L’Europe incarne, aux yeux de beaucoup de peuples, la liberté, une certaine idée de la démocratie, la paix, une certaine idée des droits de l’Homme. C’est la raison pour laquelle il y a aussi une mission politique dans le ministère qui m’incombe : il me faut convaincre et persuader l’ensemble de nos concitoyens que l’Europe est notre avenir, qu’elle doit générer de l’espoir et de la confiance. Cette confiance à restaurer est un sujet essentiel, à la fois pour la France et pour l’Europe.

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David DOUILLET

David Douillet - Je suis particulièrement fier de servir mon pays comme membre du gouvernement et je remercie le président de la République et le Premier ministre de m’avoir fait confiance.

Vous savez, dans une première vie, j’ai eu le sentiment de servir la France. Aujourd’hui, j’ai l’honneur de le faire à côté du ministre d’Etat, Alain Juppé, pour qui j’ai beaucoup d’admiration et d’estime.

J’assure les Français de l’étranger de ma totale disponibilité et de mon complet engagement à leur égard. J’irai les rencontrer, comme je viens de le faire à Kinshasa en République démocratique du Congo, afin de les encourager. Je continuerai à être à leurs côtés, à les écouter, chacun dans leur domaine, avec leur talent et leur savoir-faire pour qu’ils continuent à participer au rayonnement de la France.

On ne sait pas suffisamment - malheureusement - ce que représentent les Français de l’étranger pour notre pays. Mon rôle sera de rappeler qu’ils font partie intégrante de la Nation et qu’ils construisent, hors des frontières, l’avenir de la France.

Dans ma tâche, bien évidemment, tous les concours seront précieux, notamment celui des sénateurs représentant les Français établis hors de France et celui de l’Assemblée des Français de l’étranger.

Le travail ne manquera pas, notamment sur les thèmes de la sécurité, de l’éducation, de l’aide sociale, du fonctionnement des consulats, mais aussi sur l’organisation des élections. Comme vous le savez, d’ici à l’année prochaine, les Français de l’étranger devront élire onze députés.

Il faut accompagner, gérer et protéger un nombre grandissant de Français qui ne veulent pas rompre le lien avec la nation et dont les besoins se diversifient en fonction des conditions de leur départ. De manière générale, on ne parle pas assez du travail formidable des consulats ; il y en a plus de deux cents. Le réseau consulaire est fantastique ; c’est un bijou pour la France.

Vous l’aurez compris, la tâche est immense, soyez assurés que j’aurai à cœur de m’en montrer digne.

Alain Juppé - Avez-vous quelques questions à poser aux ministres qui m’entourent ?

Q - Permettez-moi de poser une première question sur la Syrie car les nouvelles venant de la ville de Hama sont inquiétantes. Apparemment les condamnations internationales et les sanctions européennes et américaines n’ont pas suffit à faire plier les autorités syriennes. Sur quel levier comptez-vous vous appuyer pour que cette répression cesse ?

R - Alain Juppé - La position que nous avons prise, dès les premiers moments des événements qui se déroulent en Syrie, est de condamner sans aucune ambigüité l’utilisation de la force pour réprimer ces manifestations populaires d’aspiration à la liberté et à la démocratie. La France n’a pas deux poids et deux mesures dans son appréciation de ce qui se passe autour de la Méditerranée et au Proche-Orient.

Nous avons donc appelé le régime syrien à cesser cette répression sauvage et à engager un vrai programme de réformes. Nous n’avons pas été entendus. Comment agir ? Nous l’avons fait d’abord au niveau européen, entraînant nos partenaires pour que des sanctions soient prises contre un certain nombre de personnes et également, dans la dernière vague de sanctions, contre un certain nombre de sociétés ou d’entreprises. Nous savons bien que ces sanctions, hélas, ne donnent des résultats que sur le moyen terme. Nous agissons toujours aussi au sein du Conseil de sécurité parce qu’il nous paraît inacceptable que le Conseil ne se prononce pas sur une situation qui non seulement est en contradiction avec les valeurs des Nations unies mais qui porte aussi atteinte à la sécurité régionale, puisque plus d’une dizaine de milliers de réfugiés sont déjà passés en Turquie et que toute une série d’incidents se produisent aux frontière de la Syrie.

Nous ne sommes pas encore arrivés à notre objectif puisque, j’ai pu le mesurer encore à Moscou il y a quelques jours, la Russie reste opposée à l’option d’une résolution. Mais nous continuons à travailler pour réunir une majorité aussi large que possible et pour mettre aux voix ce projet de résolution qui permettra à la communauté internationale de s’exprimer et d’exercer une pression plus forte sur la Syrie.

Q - Monsieur le Ministre d’État, je me permets de revenir à votre passage devant la Commission des Affaires étrangères cette semaine au Parlement. Lorsque vous avez parlé de la Conférence sur la Palestine, presque aussitôt, un porte-parole de Mme Clinton a dit que cette conférence n’était pas utile si les parties ne sont pas déjà en négociations directes. Est-ce que c’est aussi votre analyse ?

J’ai aussi une autre question : projetez-vous un voyage dans les pays du Golfe ? Si oui, quand et dans quel pays ?

R - Alain Juppé - Je me suis déjà rendu à Abou Dabi et d’autres déplacements se feront si cela est nécessaire.

Il se trouve que j’ai parlé avec Mme Hillary Clinton, hier soir, et je n’ai pas eu le même son de cloche que celui du porte-parole que vous avez entendu. Où en sommes-nous ? Il y a aujourd’hui un assez large consensus sur l’objectif : sortir du statu quo et convaincre à la fois les Israéliens et les Palestiniens de se remettre autour de la table de négociation. Il y a aussi un consensus pour dire que l’initiative française est extrêmement utile. C’est ce que Mme Hillary Clinton m’a encore confirmé hier soir. C’est également ce que m’a dit M. Sergueï Lavrov, la semaine dernière, lorsque j’ai longuement discuté de cette question avec lui. C’est également le point de vus de M. Ban Ki-moon que j’avais également au téléphone et que je dois revoir à Juba dans 48 heures. Et enfin, c’est l’avis du Conseil européen qui a, vous le savez, approuvé cette initiative et donné mandat à Mme Ashton de la défendre au Quartet.

Si bien que, pour nous, cette réunion du Quartet le 11 juillet se présente dans de bonnes conditions et qu’elle sera évidemment déterminante. Nous souhaitons qu’un message fort soit lancé aux deux parties, aux Israéliens et aux Palestiniens pour les convaincre, je le répète, que le statu quo est la plus mauvaise des solutions et que les discussions doivent reprendre sur la base des propositions contenues dans le discours du président Obama, mais également sur la base des paramètres agréés par le Conseil européen. Je pense que c’est possible. Si cet appel est entendu, j’ai confirmé que nous étions prêts à organiser, pas en juillet parce que maintenant le temps est sans doute un peu court, mais dans la première quinzaine de septembre, une conférence des donateurs qui sera très utile, en toute hypothèse à Paris. Tous les interlocuteurs à qui j’en ai parlé considèrent que cette proposition est tout à fait intéressante et mérite d’être soutenue.

Nous allons voir quel sera l’appel du Quartet, quelle sera la réaction des parties concernées à l’appel du Quartet, pour en tirer des conséquences sur l’organisation de cette conférence. En tout cas je retire la conviction, au terme de ces différents contacts avec les quatre parties, la Russie, les Nations unies, l’Union européenne et les Américains, que ce que nous avons fait a été, en toute hypothèse, très utile. Nous verrons si cela débouche effectivement sur la reprise des pourparlers, mais cela aura permis de faire prendre conscience de l’enjeu et de se donner les meilleures chances de ce redémarrage des négociations.

Q - Actuellement, en Europe, nous sommes dans une sorte de bras de fer relativement difficile sur la Grèce. Voyez-vous se dessiner, si jamais le plan de sauvetage de la Grèce échouait, une sorte de plan B ? Est-ce que, politiquement, l’impulsion viendrait ? Je crois que M. le Ministre a évoqué un peu de tiraillement avec l’Allemagne, j’imagine que c’était aussi sur la Grèce. La France et l’Allemagne sont-elles très proches sur ce dossier ?

R - Alain Juppé - La France et l’Allemagne sont très proches sur l’objectif. Il n’est pas question de laisser tomber la Grèce. Certes, la Grèce doit faire des efforts. Des erreurs ont été commises ; elles doivent être réparées. Des plans de réforme extrêmement courageux et sévères ont été adoptés. Tout ceci doit être mené à bien mais il n’est pas question pour nous de laisser déstabiliser la Zone euro. J’ai souvent eu l’occasion de le dire : sans euro, il n’y a plus d’Europe. Et sans Europe, tout redevient possible, même le pire. Notre détermination est entière. Nous connaissons bien-sûr la puissance des marchés mais la détermination politique l’emportera. Nous prendrons les mesures nécessaires pour que les décisions du Conseil européen et le travail que sont en train de faire les ministres des Finances et les ministres des Affaires européennes aboutissent à un résultat conforme aux objectifs que nous nous sommes fixés.

Q - Sur la Syrie, vous avez déclaré il y a quelques semaines que le régime avait perdu sa légitimité. Attendez-vous quelque chose encore du régime syrien ?

R - Alain Juppé - Je vous donnerai mon point de vue ; il n’est peut-être pas universellement partagé. Je crois que la capacité de ce régime à réaliser les vraies réformes qui permettraient de sortir de la crise actuelle est extrêmement faible, pour ne pas dire nulle. Quand on se comporte comme il se comporte - et vous avez vu que l’escalade de la violence ne cesse pas -, la crédibilité disparaît. Je n’irai pas au-delà.

Q - Avez-vous le sentiment que votre avis est partagé par les Américains ou les Israéliens ?

R - Alain Juppé - Je crois que de plus en plus de responsables de nos grands pays partenaires considèrent maintenant que la crédibilité du régime est en cause, mais c’est à eux qu’il appartient de le dire.

Q - Concernant Israël et la Palestine, on a l’impression que sur la question de la reconnaissance unilatérale de l’Etat palestinien, la position française a évolué. Le président de la République avait déclaré, il y a quelques mois, que la France prendrait toutes ses responsabilités. Aujourd’hui, on a le sentiment que vous conseilleriez peut-être un peu plus de prudence aux Palestiniens.

Est-ce le cas et si oui, cela ne risque-t-il pas de renforcer encore un peu le camp des déçus ?

R - Alain Juppé - Non, la position de la France reste la même. Le président de la République a dit que nous prendrions nos responsabilités le moment venu. Ce moment n’est pas venu, il viendra en septembre. En revanche, ce que nous avons dit depuis le départ, aux uns comme aux autres, c’est que si rien ne change et si l’on va vers la discussion d’une résolution à l’Assemblée générale, c’est sans doute la plus mauvaise des configurations, et ce pour tout le monde : pour l’Europe qui risque de se diviser ; pour les Américains pour qui ce ne sera pas un succès après le discours du président Obama ; pour les Israéliens qui risquent d’être encore un peu plus isolés qu’ils ne le sont aujourd’hui ; et pour les Palestiniens parce que l’objectif pour eux est d’améliorer la vie quotidienne des populations palestiniennes et je ne suis pas sûr que ce sera le cas, on peut même penser qu’elle se détériorera car des mesures de rétorsion pourraient être prises ici ou là à leur égard.

Ce que nous disons aujourd’hui, c’est qu’il faut éviter cette situation qui ne serait bonne pour personne. La seule solution pour l’éviter, c’est d’engager un processus de discussion.

Je crois que la France a fait un très gros effort pour définir des paramètres équilibrés qui prennent en compte les aspirations de chacune des deux parties. Nous sommes évidemment prêts à en discuter, et nous espérons, comme je l’ai dit tout à l’heure que le Quartet s’appuiera là-dessus.

Q - Concernant la Libye, avez-vous la confirmation que les Iraniens sont en train d’aider les forces de Kadhafi avec des armes et des combattants ?

Et sur le Liban, si vous permettez, le dirigeant du Hezbollah a dit qu’il refuserait, ni en trente jours ni en trois cents jours, de remettre à la Justice internationale les inculpés par cette Justice. Quelles en seraient les implications pour le Liban par rapport à la France ?

R - Sur le premier point, je n’ai pas d’informations vérifiées sur la rumeur dont vous faites état.

Sur le deuxième point, nous avons toujours dit que nous attendions du gouvernement libanais qu’il permette au Tribunal spécial sur le Liban de jouer son rôle. Si ce n’était pas le cas - pardon de cette formule très diplomatique -, nous en tirerions les conséquences.

Q - Actuellement, les rebelles sont en train de lancer une offensive sur Tripoli. Qui pilote l’offensive ? L’OTAN a-t-il un rôle à jouer ? Les Français jouent-ils un rôle ? On sait que l’on a livré des armes. Alors quelles sont les dernières informations sur cette offensive ?

R - Alain Juppé - Nous avons livré des armes d’autodéfense, comme l’a dit le ministre de la Défense, et cette opération est aujourd’hui terminée. C’est le Conseil national de Transition - dans ce Conseil, il y a un ministre de la Défense, un commandement des opérations militaires - et ce sont les Libyens qui mènent ces opérations bien entendu.

Nous allons maintenir cette pression militaire tant que le régime de Kadhafi ne voudra pas entendre raison.

La France intervient dans le cadre des résolutions du conseil de sécurité pour continuer à protéger les populations civiles, en utilisant évidemment la force aérienne. Pour tout ce qui concerne les opérations au sol, c’est le Conseil national de Transition et ses différents responsables politiques et militaires qui mènent les opérations.

Q - Monsieur le Ministre, vous évoquiez votre voyage à Juba, mais votre tournée vous conduit également en Ethiopie, en Mauritanie, au Maroc peut être. On a également parlé du Nigeria et de la République démocratique du Congo. Quels sont les enjeux de cette tournée ?

Et je vous poserai une dernière question, votre position sur la situation au Sénégal en ce moment ? Et Quid de l’engagement des forces françaises dans ce pays ?

R - Alain Juppé - Je pars en effet demain soir à Juba. Pourquoi ? Parce que nous allons assister à la déclaration de l’indépendance d’un Etat, pour la première fois depuis la décolonisation en Afrique. C’est donc l’aboutissement d’un processus que nous avons soutenu, avec un référendum d’autodétermination. C’est donc pour nous une façon de bien marquer que la démocratie, en Afrique comme ailleurs, comme au Proche-Orient, est la ligne conductrice de la politique étrangère de la France.

Ensuite, j’irai à Addis-Abeba, essentiellement pour rencontrer les responsables de l’Union Africaine parce que nous pensons que l’Union africaine a un rôle déterminant à jouer dans la recherche de la solution politique en Libye. Le succès de Malabo sur ce point-là nous a semblé être un progrès. On voit bien que même si tous ne le disent pas, une grande majorité d’Etats africains considèrent que Kadhafi doit quitter le pouvoir. Ce sera donc l’objet de mes discussions à Addis-Abeba.

Troisième étape - et je m’arrêterai là - à Nouakchott. Vous savez que la France est une des cibles principales désignées par AQMI ; nous sommes donc très attentifs à l’action régionale, puisque c’est d’abord aux pays de la région sahélienne qu’il appartient de se coordonner. Des progrès ont été faits dans ce sens. L’Algérie a réuni les différentes parties prenantes, la Mauritanie, le Niger, le Mali, pour essayer de coordonner cette action contre la montée du terrorisme qui, hélas, il faut bien le reconnaître, au moins en ce qui concerne la circulation des armes, a été favorisée par les évènements en Libye. Voilà donc la signification de cette troisième étape.

On verra pour les étapes suivantes, mais Henri de Raincourt est partout présent en Afrique et David Douillet était récemment à Kinshasa ; vous voyez donc que la France est très présente.

À propos du Sénégal, tout d’abord les affaires du Sénégal appartiennent au Sénégal, nous n’avons pas à nous immiscer dans son fonctionnement intérieur. Simplement, ce que nous avons fait remarquer, c’est que changer la loi électorale sur des points fondamentaux à l’approche des élections mérite une concertation approfondie avec les différentes parties prenantes ; c’est comme cela que fonctionne une démocratie. D’une certaine manière, c’est ce qui s’est passé puisque ce projet de loi a été retiré.

Q - Monsieur le Ministre, vous vous rendez à Juba, vous l’avez dit. Le président soudanais Béchir est également annoncé dans cette nouvelle capitale du Sud-Soudan. Béchir inculpé de crime contre l’humanité par la Cour pénale internationale. Allez-vous chercher à la rencontrer ou à l’éviter ?

R - Alain Juppé - C’est la deuxième hypothèse. La question était très claire : fallait-il y aller ou ne pas y aller ? Ce n’est pas parce que Béchir est présent qu’il faut renoncer à manifester notre soutien au processus qui est en cours. Et vous remarquerez que seront présents M. Ban Ki-moon, M. William Hague, Mme Catherine Ashton et de nombreux chefs d’Etats et de gouvernement. J’essaierai de rester dans ce carré durant les cérémonies./.

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Dernière modification : 28/05/2015

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