Quai d’Orsay - Cérémonie des voeux 2010

Allocution du ministre des Affaires étrangères et européennes, M. Bernard Kouchner et discours prononcé par le Secrétaire général lors de la cérémonie des voeux 2010 (Paris, 14 janvier 2010).

Allocution du ministre des Affaires étrangères et européennes, M. Bernard Kouchner (Paris, 14 janvier 2010).

Bien tristes circonstances pour une cérémonie de vœux. Je voudrais commencer avec une pensée et un hommage à notre ambassadeur en Haïti, Didier Le Bret, et à son équipe, à tous les agents qui, à Paris, se sont mobilisés dès les premières minutes de l’annonce du tremblement de terre. Une fois de plus, le Centre de crise et la DFAE ont témoigné de leur réactivité et de leur efficacité. Je pense également aux victimes : aux victimes françaises, à nos amis de l’ONU et, bien sûr, à tous les Haïtiens, que cette terrible catastrophe frappe à un moment où la situation s’améliorait. L’urgence est désormais de nous mobiliser pour lancer des initiatives concrétisant notre solidarité.

Mais revenons en à vous et à cette cérémonie.

Monsieur le Secrétaire général, cher Pierre, je vous remercie et remercie tous les agents dont vous vous êtes fait le porte-parole, pour ces vœux très aimables, chaleureux et francs.

« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque », quel plus beau vœu que cet appel de René Char ? Que puis-je vous souhaitez de mieux - ainsi qu’à vos proches - que cet accomplissement de soi-même, condition pour prendre pleinement part à l’aventure collective vers laquelle convergent nos énergies ? Je suis très heureux de vous retrouver, aux côtés de Pierre Lellouche – Alain Joyandet n’a malheureusement pas pu être des nôtres - pour vous dire la satisfaction et le plaisir que j’ai de travailler avec vous : avec vous M. le Secrétaire général, avec vous Mesdames et Messieurs les Directeurs, avec mon Directeur de cabinet, Philippe Errera, et les membres de mon cabinet, avec vous tous les membres des cabinets des Secrétaires d’Etat, Sous-directeurs et Chefs de service, qui faites, avec vos collaborateurs, vivre notre diplomatie.

Certains annoncent le déclin d’une diplomatie, concurrencée par l’action des nouveaux acteurs non étatiques. Je suis convaincu du contraire : les mutations et les fractures du monde contemporain conservent au diplomate un rôle plus que jamais essentiel. La terrible tragédie qui frappe Haïti le démontre une fois de plus.

Mais le métier de diplomate est de plus en plus complexe. Au 21ème siècle, ce n’est plus un métier de « généralistes ». C’est un métier exigeant un niveau de spécialisation et d’expertise de plus en plus élevé et un investissement personnel de plus en plus fort.

Depuis deux ans et demi, j’ai appris à vous connaître, à travailler avec vous, à identifier les aspirations des jeunes agents, que j’ai reçus en juin dernier, et j’ai pu prendre la pleine mesure de votre engagement professionnel, de votre dévouement, de votre mobilisation quotidienne – j’évoquais celle du CdC il y a un instant -, de votre capacité d’adaptation et de votre mobilité, en particulier géographique – dont je connais le prix.

Un prix humain d’abord, car le métier de diplomate est aussi un choix de vie contraignant qui implique souvent d’importants sacrifices personnels et, parfois, familiaux.

Je sais aussi les difficultés éprouvées par certains d’entre vous dans l’exercice de vos missions, souvent avec des effectifs limités, et parfois dans des conditions sécuritaires éprouvantes, et connais vos préoccupations au sujet de l’évolution de vos carrières.

Enfin, j’ai conscience des conditions matérielles contraignantes dans lesquelles vous êtes amenés à travailler, en ces périodes de restrictions budgétaires, que la crise économique et financière amplifie. La Révision générale des politiques publiques (RGPP) fait peser des contraintes supplémentaires sur le Département, qui, pourtant, a déjà consenti d’importants efforts, notamment en termes de réduction de l’emploi public depuis une quinzaine d’années.

Je comprends donc les inquiétudes et les doutes qui peuvent traverser cette maison que vous avez évoqués, Monsieur le Secrétaire général et entends y répondre.

Sachez que je me battrai avec détermination pour préserver les moyens du ministère, comme je me suis battu pour le budget 2010 pour obtenir des moyens supplémentaires.

Nous atteignons dorénavant la limite des réductions supportables dans le contexte du maintien de l’universalité de notre réseau, qui reste pour les plus hautes autorités de l’Etat une priorité.

J’ai souhaité, comme l’année dernière, organiser cette cérémonie de vœux dans le nouveau site de la Convention. C’était alors un chantier. Et nous voici réunis aujourd’hui dans des locaux flambants neufs, où 1400 agents se sont installés au cours de l’année et où le nouveau centre de conférence ministériel vient d’ouvrir ses portes, en décembre. Je viendrai l’inaugurer très prochainement et nous y projetterons, le 20 janvier, en avant première, le film « La Révélation » du cinéaste Hans-Christian Schmid – première d’une série de projections, car je conçois ce lieu comme un espace de travail, mais aussi de plaisir et de détente, où nous pourrons nous retrouver régulièrement.

J’ai également inauguré en septembre dernier le nouveau pôle diplomatique de la Courneuve, qui abrite le centre des archives le plus moderne du monde. Et nous poursuivrons la modernisation immobilière du Ministère, avec l’engagement courant 2010 des travaux de rénovation du Quai.

Il ne s’agit pas là uniquement de nouvelles implantations. Elles constituent un changement de grande ampleur dans l’amélioration de l’environnement et des méthodes de travail au quotidien ; un souci qui a guidé la réforme du Ministère.

Et je pense que nous pouvons être fiers de cette réforme ! Une réforme sans précédent, dont l’ambition est de doter le Quai d’Orsay d’un outil diplomatique lui permettant de jouer un rôle, à sa hauteur, sur les crises, les enjeux globaux, les débats d’idées. L’élaboration du nouvel organigramme autour de trois pôles – l’action politique, le traitement des enjeux globaux, avec la mise en place de la direction générale de la mondialisation, et le management – répond à cette exigence. Il nous reste à parachever cette mutation, notamment en faisant voter, d’ici l’été, le projet de loi sur l’action extérieure, qui nous permettra de compléter notre dispositif d’opérateurs. C’est un défi d’ampleur qui doit permettre, grâce à l’impulsion stratégique du ministère des Affaires étrangères et européennes, de doter la France des outils nécessaires à son rayonnement et de répondre au « désir de France », qui s’exprime partout et que vous avez évoqué M. le Secrétaire général.

Mes vœux, mesdames et messieurs : que nous partagions l’ambition de conduire ensemble la diplomatie de demain, cette diplomatie du 21ème siècle, que je conçois comme une diplomatie de l’anticipation et des idées ; une actrice majeure de la réforme de la gouvernance mondiale ; une diplomatie qui trouve le juste équilibre entre « conviction » et « responsabilité » et, bien sûr, une diplomatie européenne.

* Premier vœu, donc, que notre diplomatie soit une diplomatie de l’anticipation et des idées, qui se projette vers l’avenir et se donne les moyens d’anticiper les crises, l’évolution des rapports de forces internationaux, l’émergence de nouveaux défis. Notre pays doit être pleinement engagé sur la scène internationale, non seulement sur le terrain politique, mais aussi dans le forum mondial des idées. Aujourd’hui, l’enjeu est de faire émerger les idées qui façonnent la politique internationale. Je souhaite que le Ministère y prenne toute sa part, à travers vous, avec la revue Mondes, et la nouvelle direction de la prospective, dont Marie Mendras – à qui je souhaite la bienvenue - a pris la tête, aux côtés de Christian Lechervy et de Joseph Maïla. C’est dans cet esprit que la réforme de notre action culturelle se poursuivra. Il s’agit là d’un chantier majeur pour le Ministère, pour notre influence et notre diplomatie. Je connais les réticences et les interrogations qu’elle peut susciter. Sachez que vos préoccupations et vos propositions seront prises en compte.

2010 sera une année cruciale. Notre agence culturelle extérieure verra enfin le jour. Dans nos postes, nous achèverons la fusion des instituts français et des services culturels d’ambassade. Nous disposerons également d’un nouvel opérateur pour renforcer le rayonnement de nos universités et de nos centres de recherche.

* Deuxième vœu : que notre diplomatie soit une actrice majeure de la réforme de la gouvernance mondiale.

La crise économique et financière a fait prendre conscience à la communauté internationale de cette nécessité. La France et l’UE y ont joué un rôle de premier plan avec la création du G20, dont nous assurerons la présidence en 2011, en même temps que celle du G8. Il s’agit là d’un rendez-vous majeur dont la préparation devra mobiliser notre énergie et notre inventivité.

Il nous faudra l’articuler avec une indispensable réflexion en sur l’évolution de l’ONU, sa légitimité et son efficacité, qui sont de plus en plus remises en question (je pense à Copenhague, aux difficultés rencontrées par certaines opérations de maintien de la paix – MONUC). Il est donc indispensable que nous reprenions l’initiative sur la réforme de l’ONU, dont le conseil de sécurité est un levier indispensable pour notre influence et notre action.

* Troisième vœu : que notre diplomatie trouve le juste équilibre entre « conviction » et « responsabilité ».

Les droits de l’Homme doivent être au cœur de nos politiques et de nos préoccupations et les ambassades, des Maisons des droits de l’Homme. Mais se pose constamment à nous, de manière lancinante, la question de ces régimes agressifs et ouvertement irrespectueux des droits de l’homme, dont le pouvoir de nuisance est bien réel, mais avec lesquels nous ne pouvons pas faire l’économie de travailler. C’est pourquoi il nous faut dégager une stratégie équilibrée qui permette de tenir et d’afficher une position cohérente et lisible face à ces Etats. De même, il nous faut continuer à défendre la responsabilité de protéger, cet impératif que la communauté internationale s’est finalement décidée à reconnaître, mais qui, tous les jours, est bafouée. Ce combat restera donc au cœur de notre action diplomatique.

* Quatrième vœu – qui, du reste, est un impératif : faire de notre diplomatie une diplomatie européenne.

La France agira et rayonnera de plus en plus dans le monde par l’Europe, à travers l’Europe. L’année 2009 s’est achevée avec l’entrée en vigueur, le 1er décembre, du traité de Lisbonne. L’une de nos priorités est désormais de réussir sa mise en œuvre, notamment autour du service européen d’action extérieure. Il s’agit de nous fixer des priorités claires, afin d’influencer de manière décisive la réflexion et l’action européennes.

Que la France tienne pleinement son rôle en Europe et dans le monde, qu’elle porte haut ses intérêts et ses valeurs : telle est notre ambition et le sens de notre action commune. C’est vers cet objectif que doivent être tendus nos efforts. Je vous appelais, il y a quelques mois, à faire preuve d’audace. Je réitère cet appel. Le Président de la République ne cesse de nous y engager. C’est ce qu’on attend de notre diplomatie et surtout ce qu’on attend de la France.

Encore une fois, je veux vous dire mon estime et vous renouveler mes remerciements les plus sincères. C’est grâce à vous tous, chacun dans vos fonctions respectives, que nous avons pu mener à bien nombre d’objectifs que nous nous étions fixés. Et, je crois que nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli.

Je serai heureux et fier de continuer à travailler avec vous à une politique étrangère ambitieuse, au service de la France, de nos compatriotes et, aux côtés des citoyens d’Europe et du monde. Cette fierté et ce plaisir qu’appelait de ses vœux le Secrétaire général, je souhaite à chacun d’entre vous de les partager. Cela fait partie de mes ambitions.

Très belle année à tous.


Discours prononcé par le Secrétaire général lors de la cérémonie des voeux 2010

Monsieur le Ministre, Messieurs les Secrétaires d’Etat,

C’est un privilège et un honneur que je mesure pleinement de vous exprimer pour la première fois les vœux de cette maison, de la collectivité humaine qu’elle constitue, de la part de chacun des agents qui la composent, et dont je suis le porte-voix.

Des vœux très chaleureux de bonne année pour chacun de vous, Messieurs les ministres, pour vous-même, vos familles et vos proches, pour vos projets, et pour vos ambitions.

Ces ambitions, nous souhaitons les partager avec vous ; nous voulons, pour ce qui dépend de nous, vous donner les moyens de les accomplir ; nous entendons faire en sorte que ce ministère, ses services, son réseau, soient pleinement au service de votre action, Monsieur le Ministre, à la tête de notre diplomatie, au service de celle d’Alain Joyandet et de Pierre Lellouche, qui œuvrent à vos côtés.

Ce n’est ni forfanterie déplacée, ni flagornerie courtisane que de souligner notre profond désir, notre vocation, d’épouser vos ambitions. D’abord parce que nous savons que ce qui vous anime, c’est la volonté inlassablement engagée de porter haut le message de notre pays, de défendre ses intérêts, de témoigner de ses valeurs, d’agir pour la paix et la justice. Les agents de cette maison, vos collaborateurs, n’ont pas choisi cette carrière pour d’autres motifs. C’est le privilège unique de ce ministère que chacun, à sa place, sous l’autorité du ministre, exerce à son niveau le même métier que lui : expliquer, témoigner, plaider, négocier, convaincre.

C’est dire que nous avons par-dessus tout besoin de votre leadership, dans les perspectives tracées par le Président de la République, et que nous ne redoutons rien tant que l’inaction, le vague, la passivité, l’aboulie.

A cet égard, Monsieur le Ministre, votre engagement, votre passion, la force de vos convictions, votre volonté et votre capacité de dire la vérité du monde et des faits, auront été, pendant toute l’année écoulée encore, les meilleurs antidotes au spleen qui traverse parfois cette maison.

Au Proche-Orient, l’obstination, la persévérance, la continuité dans les choix, auront conduit à la constitution d’un gouvernement libanais, au rétablissement d’une relation pleine avec l’Irak, à défaut d’une reprise à ce jour des négociations entre Israéliens et Palestiniens.

En Afrique, la réactivité attendue de la France face aux multiples crises, de Madagascar à la Corne de l’Afrique, de la Guinée aux fragilités persistantes de la région des Grands Lacs, ne nous a pas fait dévier, Monsieur le Ministre, Monsieur le Secrétaire d’Etat, de notre stratégie persévérante de rénovation du cadre de notre politique, de soutien au développement du continent africain et à la maîtrise de son propre destin, sans pour autant interdire le regard extérieur.

Même persévérance et affirmation de l’exigence d’une stratégie politique, en Afghanistan, face aux psychodrames de l’élection présidentielle, et au risque d’incompréhension des efforts de la communauté internationale : faire la différence sur le terrain, démontrer la possibilité d’un meilleur pour les Afghans, auront été l’inspiration de vos efforts résolus, Pierre Lellouche au début de l’ année écoulée, vous-même Monsieur le Ministre au cours de vos multiples déplacements.

Ces crises et situations de conflits, les drames auxquels ont été exposés nos concitoyens à l’étranger ou les tragédies dont ils ont pu être directement victimes, ont mis à l’épreuve le ministère, ses postes et ses agents, parfois au péril de leur propre sécurité. Ceux d’entre nous qui travaillent et vivent avec la menace et le danger, au Pakistan, en Afghanistan, en Irak, parfois en Amérique latine, partout où la violence traverse la quotidien, méritent l’hommage et l’admiration de tous.

Comme nous éprouvons sympathie dans l’épreuve et solidarité profonde pour nos collègues à Haïti, mobilisés depuis deux jours pour sauver des vies et secourir les victimes, dans cette capitale dévastée d’un peuple et d’un pays accablés.

Il faut saluer à nouveau, dans cette tragédie, le surcroît de réactivité et de capacité d’anticipation et d’action qu’a démontré, comme il l’avait fait pendant toute cette année, le Centre de crises dont vous aviez décidé la création dès votre prise de fonction.

Je voudrais enfin rendre hommage à tous les agents de notre réseau consulaire auxquels il incombe, dans des contextes souvent difficiles, d’apporter services et protection à nos compatriotes, et d’assurer en même temps sécurité et attractivité à notre pays.

L’année 2009 a été traversée de crises multiples ; elle a été aussi celle des suites de la crise, financière, économique et sociale, et des efforts pour que l’année 2010 soit celle de la sortie de crise. Des soubresauts du système bancaire à la multiplication des situations de détresse financière, y compris en Europe, du bouleversement des rapports de puissance traditionnels à l’émergence d’une conscience universelle encore balbutiante, du G 20 de Londres à la conférence de Copenhague, retenons surtout trois grandes leçons.

La première est le caractère indissociable de nos enjeux domestiques et des problématiques mondiales, dans un contexte de compétition mondiale permanente, et affectant désormais tous les secteurs.

La seconde est que nul n’est plus aujourd’hui en situation d’imposer, que ce soit par autorité, intimidation, a fortiori par la seule vertu de l’exemplarité. Aussi juste soit une thèse, aussi nécessaire une démarche collective, elles ne triomphent qu’a condition de savoir convaincre.

La troisième, c’est le besoin d’inventer, et de faire endosser, une nouvelle forme de gouvernance internationale, à la hauteur de l’ampleur et de l’interdépendance des sujets. Tout est à concevoir, voire à reconstruire, en sachant préserver ce que l’existant, à commencer par les Nations-Unies, a gardé de légitimité et de valeur.

Tels sont, sans doute, les horizons majeurs pour notre diplomatie pour l’année qui s’ouvre et au-delà : analyser ces nouvelles interdépendances entre les thèmes, les facteurs et les enjeux ; décrypter les nouveaux rapports de puissance ; donner force et capacité de persuasion à nos thèses et positions ; proposer des méthodes renouvelées d’ingénierie diplomatique ; remobiliser l’Europe, notre cadre naturel d’action, la première ambition de notre politique étrangère, et qui demeure notre principal atout dans le monde.

Ces défis appellent un ministère en ordre de marche et des agents heureux d’y servir. L’année 2010 doit être à cet égard celle de la consolidation de notre organisation, telle qu’elle a été profondément repensée depuis deux ans, afin de pouvoir en tirer tous les bénéfices attendus. Il s’agit de savoir associer l’expertise irremplaçable du terrain qu’apportent les postes, la capacité à concevoir, à ordonner et à proposer qui doit être celle des directions, et l’esprit de transversalité et de recherche de cohérence qui sont au cœur de notre valeur ajoutée au sein de l’Etat..

Ce sera également l’année de la rénovation de quelques-uns des instruments de notre diplomatie d’idées, d’images et d’attractivité. Rénovation indispensable, comme vous l’avez voulu, Monsieur le Ministre, parce que l’influence, chemin de la persuasion, et de l’adhésion, est nécessaire à l’ensemble de nos objectifs ; parce que cette influence doit se construire sur ce que nous avons de meilleur aux yeux du monde ; parce que enfin il n’existe plus, dans le monde d’aujourd’hui, de rente d’influence acquise à jamais, quelle que soit la valeur du capital dont nous sommes les fiers héritiers. C’est au nom de tous ces enjeux que nous avons besoin du succès de la Direction Générale de la mondialisation.

Des agents heureux de servir notre diplomatie, sous votre autorité. C’est à la fois une nécessité, je crois, pour notre pleine efficacité collective au service du pays ; c’est aussi le vœu que je forme pour chacun.

C’est affaire de reconnaissance, d’encouragement et de moyens. La reconnaissance n’est pas une exigence et ne nous est pas due. Et cette maison cultive plutôt une discrétion modeste sur son action quotidienne. Mais il est nécessaire que l’on sache davantage la somme de réflexions, d’idées, de disponibilité, d’énergie, d’engagements, de risques parfois que représente telle conférence internationale, le lancement réussi d’une opération de PESD, la normalisation ou la relance d’une relation politique, l’appui au développement, la recherche de la paix, la sûreté de nos communautés.

L’encouragement, ou la stimulation, dépendent de notre capacité à identifier toutes les compétences, à repérer les talents, à redoubler de scrupules et de discernement dans les nominations, pour toutes les catégories d’agents et à tous les stades de leur carrière.

Vous êtes profondément et justement attaché, Monsieur le Ministre, à la double exigence de l’évaluation et de la formation : les nouveaux outils que vous avez voulus vont se déployer pleinement cette année, en particulier une évaluation à 360 ° étendue et mieux définie, et un institut diplomatique et consulaire redimensionné.

Les moyens sont aujourd’hui, Monsieur le Ministre, Messieurs les Secrétaires d’Etat, notre principale inquiétude. Il ne s’agit pas tant de la situation matérielle de chacun, même si beaucoup connaissent aujourd’hui de réelles difficultés là où les conditions de vie locales, l’insécurité, les charges de logement ou d’éducation font parfois de l’expatriation une épreuve, ou à l’occasion de réinstallations à Paris.

Mais beaucoup d’entre nous souffrent de ne pouvoir, faute d’effectif suffisant, consacrer à tel enjeu tout l’investissement nécessaire ; de constater notre incapacité à répondre aux attentes, à l’urgence, au besoin de concours immédiat face une crise ou à une situation de détresse ; de ne pouvoir répondre, par des bourses, des aides ou des programmes, à une demande de France que l’on sent partout poindre, et trop souvent se désespérer ; de sacrifier une position ou une influence de long terme au nom de la nécessité d’économies immédiates.

Loin de nous la tentation de chercher à être dispensés des efforts de rigueur dans la dépense publique. Plus que tout autre, dans la situation internationale et la compétition mondiale qu’il observe et analyse au quotidien, notre ministère en admet la nécessité, car il y va aussi de l’influence de la France.

Il sait aussi qu’il doit continuer à démontrer sa volonté et sa capacité de rigueur, de performance et de choix. Mais il en appelle au discernement dans les arbitrages ; à la pondération entre la recherche d’ une économie limitée aujourd’hui et le risque d’un dommage irréparable à long terme ; à la valeur d’investissement d’avenir que représente, face à tous les bouleversements du monde, une présence, une capacité d’analyse, l’ouverture ici et là d’une porte vers la France.

Nous comptons sur vous, Monsieur le Ministre, pour continuer à porter ce message auprès des autorités de l’Etat, des assemblées parlementaires, du public.

Le Président de la République a placé l’année 2010, pour notre pays, sous le signe du renouveau et de la confiance dans l’avenir. Je souhaite que les agents du ministère la vivent dans la fierté et le plaisir : fierté d’apporter leur pierre à l’action de la France qu’appelle l’état du monde ; plaisir dans leur travail comme dans leur vie personnelle.

Un ministre des affaires étrangères, qui ne fut peut-être pas un très grand ministre des affaires étrangères, mais il s’agit, curieusement, de celui dont le portait est accroché au plus près du bureau du ministre, le cardinal de Bernis, disait fort pertinemment que trouver des agréments dans le service de l’Etat était le chemin du bonheur. C’est celui que je souhaite à chacun d’entre vous.

Très bonne année à tous.

Dernière modification : 04/11/2010

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