Tribune de Michèle Alliot-Marie dans le magazine "L’ENA hors les murs".

(Paris, janvier - février, 2011) - Tribune du Ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes Michèle Alliot-Marie, dans le magazine "L’ENA hors les murs".

Actualité de la politique d’influence

Depuis près de vingt ans, un monde nouveau se dessine sous nos yeux.

Avec la Chine, l’Inde, le Brésil, et demain l’Afrique, des géants démographiques, économiques et culturels, s’affirment sur la scène internationale. La maîtrise des savoirs, des capacités technologiques et financières donne lieu à une compétition sans cesse plus vive. Des interdépendances nouvelles, créant de nouvelles vulnérabilités, transforment les enjeux de la coopération et de la régulation internationales.

Parallèlement, la vie internationale s’ouvre à de nouveaux acteurs. Les Etats doivent désormais compter avec les organisations régionales et internationales, les entreprises multinationales et les organisations non gouvernementales. En quelques années, de grandes fondations, comme celle de Bill et Melinda Gates ou de l’Aga Khan, sont devenues des acteurs incontournables du développement.

Dans ce monde en pleine évolution, la politique d’influence de la France est plus que jamais d’actualité. Qu’il s’agisse de promouvoir un multilatéralisme rénové, d’élaborer les nouvelles règles de gouvernance mondiale, de faire partager nos valeurs, la France, fidèle à sa vocation universelle, veut faire entendre sa voix. Elle entend promouvoir le savoir-faire de ses entreprises, remporter des marchés internationaux, se donner tous les moyens de son rayonnement international, attirer des investisseurs, des chercheurs, des étudiants.

Mon ambition est d’inscrire notre diplomatie dans une stratégie d’influence lucide et volontariste. Performances économiques, technologies de pointe, capacités militaires, présence dans les institutions internationales sont nos points forts. A l’heure de la mondialisation, l’importance d’un pays se mesure aussi à l’aune de ses idées, de ses savoirs, de sa culture ; elle dépend de sa maîtrise de la production, de la diffusion et des échanges de contenus culturels et scientifique, de sa capacité à peser sur l’élaboration des normes internationales.

Nos atouts sont nombreux. La France occupe les premières places en matière de dépôts de brevets et de publications scientifiques. Elle est le troisième pays d’accueil des étudiants étrangers. Le français est la deuxième langue enseignée dans le monde. La réforme des universités permettra bientôt à notre système de formation supérieure de rejoindre les premiers rangs.

Une stratégie d’influence modernisée nous donnera les moyens d’aller plus loin. Celle-ci doit s’ancrer dans une vision globale, prospective et véritablement universelle des problématiques de la mondialisation : le ministère des Affaires étrangères et européennes a la capacité de fournir la grammaire du monde, s’il développe et approfondit sa vision du temps long. C’est pourquoi je veux renforcer la fonction prospective du Quai d’Orsay, afin de mieux armer notre pays face aux défis des 15, 20 et 30 prochaines années.

Premier objectif de notre stratégie d’influence, l’attractivité de la France est une condition indispensable de sa présence dans le monde.

En 2011, le G8 et le G20 donneront à notre pays l’occasion de jouer tout son rôle dans la modernisation de la gouvernance économique mondiale. Au-delà, je souhaite une évolution profonde du travail quotidien du ministère des Affaires étrangères et européennes avec l’ensemble des acteurs qui concourent à l’attractivité de la France.

Avec les chefs d’entreprise, l’Etat doit travailler en confiance, en administration centrale comme à l’étranger. Les petites et moyennes entreprises, pépinières de talents, doivent bénéficier du soutien des pouvoirs publics. Je souhaite qu’elles puissent disposer, au sein du ministère des Affaires étrangères, d’interlocuteurs spécifiques, disponibles, à leur écoute, pour mieux valoriser l’excellence de nos entreprises à l’international.

Avec les collectivités territoriales, acteurs incontournables de l’attractivité du territoire, l’Etat doit travailler en étroite collaboration pour conforter l’expertise, mutualiser les savoir-faire, les compétences et les moyens. Nous partageons les mêmes objectifs. Il est temps de partager nos efforts, au service de la France.

Pour inscrire cette ouverture dans la durée, je veux placer, au sein du ministère des Affaires étrangères, des compétences humaines au service des entreprises et des collectivités. Toutes les pistes seront étudiées. Des détachements de fonctionnaires du Quai d’Orsay auprès des unes et des autres peuvent y contribuer. Une formation permanente, plus en phase avec les préoccupations des entreprises et des collectivités, doit être mise en œuvre.

Deuxième objectif de notre stratégie d’influence, le renforcement du rayonnement international de la France doit s’appuyer sur l’ensemble de nos ressources.

Au premier rang d’entre elles, la Francophonie doit jouer tout son rôle au service de la paix et de la liberté des peuples. Bien au-delà des seules questions linguistiques, elle doit s’affirmer comme une enceinte d’Etats libres, regroupant plus de 400 millions d’habitants, engagés en faveur de la diversité culturelle, du dialogue des continents et des civilisations. Elle porte un message de respect des cultures entendu dans toutes les enceintes internationales. C’est pourquoi je souhaite la replacer au cœur de la politique étrangère de la France.

Parce que la culture et la formation participent à notre rayonnement international et à notre capacité d’influence, les instituts culturels, les lycées français et les universités doivent prendre toute leur place dans notre stratégie.

Pour redynamiser notre réseau d’établissements culturels à l’étranger, l’Institut français, qui verra le jour en 2011, sera doté des moyens nécessaires à son action. Des synergies seront développées, partout où cela sera possible, avec les professionnels de l’art et l’ensemble des acteurs intéressés : Alliances françaises, audiovisuel extérieur avec TV5, RFI et France 24, Agence pour l’enseignement du français à l’étranger.

Pour qu’influence et excellence puissent aller de pair, les lycées français bénéficieront d’un nouveau plan de développement. De nouvelles classes bilingues d’éducation à la française seront créées. Des labels d’excellence seront décernés aux meilleurs établissements. Pour valoriser cette formation et offrir des perspectives d’emploi, les lycées français travailleront en partenariat avec les entreprises, institutions françaises opérant sur place.

En matière de recherche et de formation universitaire, toutes les initiatives seront encouragées. Former en France les futurs décideurs du monde entier est une façon d’anticiper la place de notre pays dans le monde de demain. J’y travaillerai avec les acteurs du monde universitaire. Le financement des bourses sera consolidé et élargi, en partenariat avec les opérateurs économiques.

La France n’entend pas être le spectateur passif de la mondialisation.

Modernisée, dynamisée, notre stratégie d’influence surmontera le double écueil de la naïveté et de la résignation. Nous n’affronterons pas les enjeux de la modernité avec les outils des siècles passés. Nous ne ferons pas connaître au monde les atouts de notre pays en cédant aux sirènes du pessimisme ou du déclin. Notre Nation a les yeux rivés sur l’avenir. Forte de ses valeurs, fière de son message universel, la France saura se montrer, demain comme hier, à la hauteur de son destin./.

Dernière modification : 28/05/2015

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