Tribune du Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères et européennes, Alain Juppé

(Paris, 14 mai 2012)

Au moment de quitter un ministère auquel je suis si attaché, je voudrais en quelques mots exprimer ma reconnaissance à ses agents et ma confiance dans l’avenir de la diplomatie française.

Quinze ans après mon premier passage au Quai d’Orsay, j’ai retrouvé un ministère habité par les valeurs de la République et la foi dans le rôle de la France dans le monde ; des agents de haute qualification, d’expérience et d’engagement ; un réseau d’ambassades universel, qui donne à la France un regard et une capacité d’action sur l’ensemble du monde. Je voudrais que les Français sachent mieux qu’ils disposent avec vous de fonctionnaires d’exception ; qu’ils se souviennent de la mobilisation et du courage dont vous avez fait preuve face aux crises qui ont secoué en quelques mois l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, le Japon et l’Afrique ; qu’ils saluent aussi le travail de tous ceux qui, dans votre ministère, œuvrent au temps long, celui de la promotion de la culture française, de la défense des intérêts de nos entreprises et de la construction d’un ordre mondial plus juste, plus solidaire et plus pacifique.

À titre d’exemples, je retiendrai deux défis que nous avons relevés ensemble.

Le premier a été celui d’un choc historique, tectonique, comparable aux révolutions de 1848 ou à la chute du mur de Berlin - celui des Printemps arabes. Il y a un peu plus d’un an, nous avons vu les Tunisiens, les Égyptiens, les Libyens, les Yéménites, les Syriens, braver l’oppression pour crier leurs aspirations légitimes à la liberté et à la dignité humaine. Très vite, la France a pris la mesure de ce mouvement révolutionnaire et s’est résolument placée en soutien, avec confiance et détermination.

C’est dans cet esprit que nous avons été aux avant-postes pour mobiliser, sous l’impulsion du président de la République, la communauté internationale face aux crimes contre l’humanité commis en Libye et en Syrie et que nous avons témoigné concrètement de notre solidarité avec les pays arabes, à travers le Partenariat de Deauville. C’est dans cet esprit que nous avons rappelé notre vigilance quant au respect des libertés fondamentales et des droits des minorités, notamment des chrétiens d’Orient. C’est enfin dans cet esprit qu’en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Mali et en Birmanie, nous avons soutenu sans relâche l’enracinement de la démocratie.

Ensemble, nous avons également bâti la réponse de la France aux nouvelles crises européennes. Ce ministère croit dans l’Europe et sait qu’il n’y a d’avenir pour la France que dans une Europe forte. Notre pays a joué un rôle moteur pour construire le gouvernement économique de l’Union européenne et remettre notre continent sur le chemin de la croissance et de l’emploi. Il est en première ligne pour faire vivre le traité de Lisbonne et porter la voix de l’Europe dans le monde.

Je voudrais que les Français aient davantage conscience de l’atout que constitue un outil diplomatique robuste. Au cours des vingt dernières années, vous avez pris plus que votre part aux efforts d’économies. Et si je me suis battu pour maintenir les moyens de ce ministère, c’est parce qu’en réduire encore l’envergure, ce serait amputer la France d’instruments d’action indispensables à l’heure de la mondialisation pour un bénéfice à peine sensible. Mais il reste nécessaire de continuer à le moderniser pour le rendre toujours plus efficace. C’est pourquoi nous avons pris de premières mesures pour renforcer la place des femmes dans l’encadrement supérieur, réformer les moyens de communication et poursuivre la rénovation du réseau de coopération culturelle.

Aujourd’hui, à l’heure où les Français s’interrogent sur l’avenir de la France, je quitte le Quai d’Orsay fort d’une certitude, forgée par mes nombreux déplacements et contacts internationaux - celle que la voix de la France est attendue et entendue de par le monde. Après moi, mon successeur mesurera le privilège que constitue la conduite d’un tel ministère, un ministère qui donne confiance aux Français : confiance dans notre pays ; confiance dans sa capacité à porter ses valeurs et à s’adapter aux évolutions du monde./.

Dernière modification : 28/05/2015

Haut de page