Voeux à la presse de Mme Michèle Alliot-Marie

(Paris, 19 janvier 2011) - Voeux à la presse du Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères et européennes, Michèle Alliot-Marie.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

C’est en notre nom à tous les trois que je veux, à la fois, vous remercier des vœux que vous avez prononcés tout à l’heure et vous adresser également nos vœux, je dirais plus que sincères, chaleureux et personnels. C’est effectivement à chacune et à chacun d’entre vous que nous nous adressons pour vous offrir, tout d’abord, des vœux de santé. Nous avons en effet, vous et nous, cela en commun : avoir besoin d’une bonne forme physique et psychologique pour faire les métiers que nous adorons, qui nous passionnent et qui sont toujours plein d’imprévus - certains que nous appréhendons et d’autres que nous découvrons brutalement.

En tous les cas, la santé, c’est certainement ce dont chacun a le plus besoin. Permettez-moi également de vous offrir des vœux de réussite professionnelle, parce que je pense que nous avons tous besoin d’être tendus vers toujours davantage de performance, davantage de possibilités d’agir ; je pense que c’est une bonne motivation pour chacune et chacun.

Je ne sais pas ce que je dois vous souhaiter, c’est un peu compliqué pour la presse diplomatique : vous souhaiter un certain nombre de voyages avec moi… Ce sera très volontiers et c’est toujours avec grand plaisir que je vous emmène dans différents endroits du monde. Vous souhaiter des crises… Peut-être, parce que c’est finalement aussi ce qui permet de trouver de l’inspiration dans la presse. Vous souhaiter des polémiques… Vous me permettrez de mettre cela de côté, je pense que la grandeur de la France et la grandeur de la diplomatie s’accommodent mal de petites polémiques, surtout quand il s’agit de petites polémiques politiciennes sans aucun fondement.

Alors, au-delà de cette réussite professionnelle qui doit être une véritable réussite professionnelle sur les grands sujets, sur les grands événements, je voudrais également vous souhaiter du bonheur. Je sais que c’est un mot que l’on prononce rarement sous les lambris dorés des ministères, et pourtant je pense que dans la vie nous avons tous besoin de bonheur. Finalement, nous sommes tous plus disponibles pour exercer nos missions, pour ceux qui nous entourent lorsque nous sommes heureux dans notre vie et lorsque les gens autour de nous sont heureux. Ce que je souhaite, c’est que vous ayez du bonheur dans votre vie personnelle, dans votre vie professionnelle, dans nos parties de vie commune. Je n’en dirai pas plus, chacune et chacun doit avoir des compagnons, des femmes ou des maris, et il ne s’agit pas d’aller au-delà de ce que la bienséance dans ce ministère accepte.

Alors, effectivement, vous l’avez dit Monsieur le Président, je suis arrivée dans ce ministère il y a deux mois. J’y suis venue avec bonheur parce que, vous le savez, je suis toujours très attachée à tout ce qui peut être une représentation et une action, au service des valeurs et des principes de notre pays et au service également de son image et de son action. J’y suis venue en ayant à la fois des projets et une volonté, parce que à quoi sert d’être ministre si c’est juste pour avoir un titre et non pas pour agir. Non pas agir pour faire des réformes pour des réformes, mais agir dans le sens d’une action qui soit utile à tous et qui soit utile également au pays. Et je me réjouis tout particulièrement depuis deux mois de travailler avec deux hommes qui partagent, depuis longtemps dans leur vie politique et personnelle, cette aspiration et cette conception de la politique.

Je crois à la modernisation, je crois à sa nécessité et je crois à la détermination des hommes et des femmes de ce ministère que j’avais eu l’occasion de fréquenter mais que je vois de plus en plus, de plus en plus régulièrement depuis deux mois, et qui veulent accompagner ce mouvement de modernisation, parce que c’est aussi le mouvement de l’efficacité de notre maison. Une efficacité qui repose, d’abord, sur un constat que vous, Mesdames et Messieurs les journalistes, et nous, en charge des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération, nous partageons. Le constat d’une mondialisation qui transforme profondément les enjeux de la diplomatie. La diplomatie d’aujourd’hui n’est par évidence plus celle du XIXème siècle ; elle n’est plus celle d’il y a cinquante ans ; elle n’est même plus celle d’il y a dix ans.

Aujourd’hui, les chefs d’Etat se parlent en direct. Les chefs de gouvernement se rencontrent extrêmement facilement ; ils prennent un avion pour aller dîner ensemble et parler des problèmes de fond, sans passer par les circuits, plus lents et habituels, de cette maison. De la même façon, le monde d’aujourd’hui n’est évidemment plus celui d’hier, et de ce point de vue, la Tunisie, que vous évoquiez tout à l’heure, en est un exemple frappant.

Certes, nous avons tous pu constater, du moins tout ceux qui se sont rendus dans ce pays, l’insatisfaction d’une jeunesse, très bien formée d’ailleurs et qui est fortement frappée par le chômage. Certes, nous avons tous senti aussi l’exaspération croissante de la population face à l’accaparement d’une bonne part de l’économie tunisienne par un clan plus ou moins discret. Certes, nous avons vu aussi le mouvement débuter il y a quelques semaines - cela paraît bien loin -, par l’immolation d’un jeune Tunisien et nous avons vu ce mouvement social, finalement, laisser la place à un mouvement politique.

Pour autant, ayons la modestie de le reconnaître, nous hommes politiques bien sûr, et femmes aussi, mais également journalistes, analystes, diplomates, chercheurs, nous avons tous été surpris par la rapidité de l’enchaînement des événements, par la rapidité de cette révolution de jasmin.

Cela m’amène aussi à avoir comme priorité pour ce ministère - je l’avais dit, mais c’est un exemple qui vient conforter mon ambition - la nécessité de renforcer ses capacités prospectives et ses capacités d’anticipation. J’y reviendrai tout à l’heure. Il est évident que nous devons à la fois, bien entendu, conforter nos moyens de réaction immédiate, parce que c’est aussi notre devoir, mais nous devons aussi développer toutes nos capacités de prospective et d’anticipation.

Nous devons faire les deux parce que s’il y a une chose qui malheureusement n’a guère changé dans le monde et dans le monde diplomatique, c’est que nous sommes toujours, et en permanence, confrontés à un certain nombre d’urgences et de crises. Au premier titre de ces urgences, il y a bien entendu la libération de nos otages. Depuis mon arrivée ici, tous les matins, il y a un point de situation sur les évolutions potentielles, sur, hélas trop souvent, une certaine stagnation. Vous le savez aussi bien que moi, le temps des ravisseurs est souvent un temps très différent de celui des familles des otages et de ceux qui les soutiennent.

La France est quotidiennement mobilisée pour la libération de nos otages et d’ailleurs, dans le même temps, pour répondre aussi à la menace qui pèse sur tous nos compatriotes dans un certain nombre de régions extrêmement sensibles du monde. Aujourd’hui, comme vous l’avez dit tout à l’heure, toutes nos pensées vont aux familles de Vincent Delory et d’Antoine de Léocour, qui ont été victimes de cette abomination, celle d’un terrorisme qui est à la fois aveugle et inhumain. Les circonstances dans lesquelles cela s’est passé sont particulièrement dramatiques. Je crois que nous y pensons tous. Au-delà de ces deux cas, qui pour nous sont effectivement un traumatisme, ainsi que pour l’ensemble des Français qui ont vécu ces événements d’une façon très douloureuse, nous n’oublions pas non plus nos compatriotes qui sont otages, détenus au Sahel, en Somalie, en Afghanistan.

Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, vos confrères, sont toujours, depuis plus d’un an maintenant, otages en Afghanistan. Il est vrai que sur tous ces sujets, il faut être extrêmement discret parce que ce sont des situations qui sont compliquées. Je le disais tout à l’heure, ce sont des groupes qui souvent interfèrent dans tout cela, et pour lesquels la notion du temps n’est pas la même que la nôtre. Vous avez parlé à la fois de l’aspect des rapts crapuleux et des rapts politiques et du mélange de tout ceci. C’est effectivement une véritable préoccupation. Sachez simplement que ce n’est pas parce que nous sommes discrets que nous n’essayons pas d’agir. Ce n’est pas parce que les choses n’arrivent pas aussi vite que nous le souhaiterions tous qu’il n’y a pas une action et des efforts au quotidien.

Nous n’oublions pas non plus, parmi nos otages, Gilad Shalit. Depuis le début, tout est fait et tout continuera d’être fait pour sa libération comme pour celle de tous nos otages. C’est là, effectivement, notre quotidien. Un quotidien qui implique également des anticipations avec, par exemple, la bonne coopération de tous les services face à un certain nombre de menaces, notamment dans le Nord-Mali. Aujourd’hui, nous appelons et nous avons appelé l’attention à la fois des organisateurs de voyages, mais également de l’ensemble des personnes susceptibles d’aller dans cette région, sur le véritable risque d’enlèvement qui existe ; ce risque est sérieux et je dirai presque, imminent. Il y a d’autres événements qui peuvent intervenir : des tremblements de terre, des inondations, des feux de forêts… Tout ceci, c’est effectivement le quotidien des crises au ministère des Affaires étrangères.

Mais notre diplomatie s’inscrit aussi dans le moyen terme, parce que la crise ne doit pas accaparer non plus toutes nos facultés. Nous devons les traiter, mais nous ne devons pas oublier pour autant ce qui nous permet aussi d’établir une véritable politique de la France. Et de ce point de vue, dans l’année qui vient, puisque le moyen terme c’est l’échéance de un à trois ans environ, nous aurons les Présidences du G8 et du G20. La Présidence française du G8 et du G20 intervient à un moment crucial, parce qu’il y a un certain nombre d’enjeux majeurs qui sont en place. Et juste avant de vous rejoindre, je lisais en particulier une note sur la production alimentaire, sur les risques de crise alimentaire dans le monde dans les prochaines années, des crises qui sont liées à la fois à des problématiques climatiques, mais également à des spéculations sur les prix. Il est évident que je ne parlerai pas de tous les sujets du G8 et du G20 en particulier, mais il est évident que pour le président de la République française, avoir mis en perspective - avec le scepticisme au départ d’un certain nombre de personnes - le problème des variations de prix des matières premières, dont les prix agricoles, est une vision d’une problématique essentielle pour les pays dans les prochaines années. Cela vaut également pour le pétrole et pour un certain nombre d’autres matières premières. Il y a bien entendu d’autres sujets, mais je souligne celui-ci qui est vraiment au cœur de l’actualité.

L’année qui vient, il y aura également la préparation de la conférence sur le climat, ainsi que vingt-deux élections qui doivent avoir lieu sur le continent africain - dont nous voyons parfois que cela créé un certain nombre de fantaisies par rapport aux règles démocratiques et à l’occasion desquelles il est important que nous rappelions ce que sont les valeurs de la démocratie. Ce sera également une échéance pour la relance du nécessaire processus de paix au Proche-Orient, où je vais me rendre en vous quittant. Cela aussi s’inscrit dans la vision à moyen terme et dans la volonté d’action de la France. Je voudrais insister sur ce point, parce que cela me semble, effectivement, l’horizon vers lequel une politique des Affaires étrangères doit tendre.

Notre action diplomatique doit s’inscrire aussi dans le temps long, c’est-à-dire celui qui dessine les perspectives d’un monde nouveau. Sur tous les continents émergent des pôles qui sont à la fois des pôles démographiques, des pôles économiques, des pôles technologiques de l’ordre d’un milliard d’habitants. La mondialisation transforme les enjeux des politiques nationales et les conditions de la compétition économique de plus en plus internationalisée, porteuse de nouveaux marchés mais également de nouveaux concurrents. Elle transforme les conditions de la sécurité avec une criminalité sans frontière, qui s’exprime aussi bien à travers les trafics de drogue, les trafics d’armes, les trafics d’hommes, le crime organisé, le terrorisme, la cybercriminalité. Ce sont également des conflits en germe sur la maîtrise de l’eau, la maîtrise des terres cultivables, la maîtrise des ressources énergétiques, avec un accroissement de la population mondiale considérable et une stagnation ou une diminution de ses ressources.

Mesdames et Messieurs, je crois que préparer notre diplomatie au temps long, c’est notre mission certainement la plus difficile, mais aussi la plus passionnante parce que c’est la façon dont nous participons à l’élaboration de l’avenir de la France.

Cette vision, cette volonté de préparer l’avenir, suppose la volonté de se projeter au-delà des écueils du présent, au-delà même du ressac du moyen terme, pour s’inscrire définitivement dans la durée du temps long. C’est cela mon ambition, préparer notre ministère à sa capacité de réagir au temps long. Pour cela, ma stratégie, c’est de conforter les fondamentaux de notre action, de mettre en place un pôle d’expertise au bénéfice de chacun, et surtout au service de l’influence de la France. Conforter les fondamentaux de notre puissance, c’est une première priorité. Nous le voyons dans le monde actuel. Nos valeurs sont plus que jamais d’actualité. Sur tous les continents, la France porte, soutient, les valeurs de démocratie, de tolérance, de droits de l’Homme, de respect de l’autre, de liberté, y compris de liberté religieuse.

Si nous voulons éviter que ce XXIème siècle, dont Malraux a écrit qu’il serait religieux ou qu’il ne serait pas, si nous voulons éviter que ce XXIe siècle soit celui du conflit mondial entre les religions, nous devons réaffirmer la liberté religieuse, nous devons réaffirmer la tolérance à l’égard de l’autre et c’est bien la raison pour laquelle nous sommes engagés dans le dialogue des peuples, des religions et des cultures. C’est aussi l’un des objectifs et l’un des thèmes de mon voyage au Proche-Orient en fin de semaine.

Notre réseau diplomatique est notre premier atout dans cette action. Deuxième réseau diplomatique au monde, il a, plus que jamais, une vocation universelle. Notre place dans les organisations internationales doit elle-même être confortée, quantitativement et qualitativement, parce que trop souvent en France on n’a pas prêté suffisamment d’attention au rôle des relations internationales. Nous pouvons et nous devons faire valoir nos talents dans différents domaines. De ce point de vue, la direction des opérations de maintien de la paix de l’ONU est effectivement un des domaines sur lequel nous avons illustré notre compétence depuis longtemps et qui doit être conforté. En Europe, dans les structures européennes, pendant trop longtemps nous n’avons pas été suffisamment attentifs à intégrer, à tous niveaux, des fonctionnaires venant des différentes administrations et qui soient de bon niveau, sachant aussi que leur talent exprimé en Europe sera reconnu. Il y a depuis peu un changement où l’on essaie d’être très attentif aux postes les plus sensibles et en même temps très attentifs à être vraiment représentés et à haut niveau ; c’est une action qui doit se maintenir dans la durée.

Notre engagement européen, ne l’oublions jamais, c’est ce qui nous aidera aussi à relever les défis de l’avenir et les défis de la mondialisation. A l’heure de la mondialisation, je vous le disais tout à l’heure, un pays seul ne pèse plus et a besoin d’être dans un ensemble plus grand pour pouvoir s’exprimer. Et d’ailleurs, nous le voyons et je veux saluer l’action de Laurent Wauquiez dans ce domaine, chaque fois que la France s’exprime fortement avec des idées, avec un objectif clair, avec des méthodes qui sont proposées, nous voyons les instances européennes suivre notre position. Ce que nous voulons, avec Laurent Wauquiez, c’est avoir une Europe politique qui puisse être un véritable acteur global, s’appuyant sur ces nouvelles institutions. Nous voulons une Europe qui soit offensive et réaliste en n’étant pas, comme cela a été parfois le cas, trop angélique. Derrière les actions, il y a la réalité de nos entreprises, de nos emplois. Nous devons mettre en œuvre, tout simplement, une règle pourtant bien connue de cette maison et peut-être pas suffisamment appliquée, notamment au niveau européen, qui est la règle de la réciprocité. C’est aussi une façon de parler d’égal à égal avec un certain nombre de nos grands partenaires. Ce que nous voulons aussi, c’est une Europe protectrice de nos concitoyens à l’égard de la crise et, surtout - et je sais que c’est une conviction profonde de Laurent -, une Europe qui soit proche des citoyens. Si nous voulons que les citoyens européens adhèrent à l’idée européenne, il faut aussi qu’ils aient le sentiment que l’Europe sait les écouter et sait répondre à leurs attentes.

Nous devons également nous appuyer sur l’Europe pour avoir une véritable relance de la défense européenne, vieux sujet que j’ai beaucoup pratiqué il y a maintenant quelques années et auquel je crois profondément ; à quoi sert de dire ce que l’on veut, à quoi sert de dire ses valeurs si nous ne sommes pas capables sur le terrain, en cas de besoin, de les faire respecter. La France a toujours été le moteur de l’Europe de la Défense. Elle entend, plus que jamais, la promouvoir. Les dernières initiatives, celles du Sommet franco-britannique, celles de Lisbonne, celles aussi de la lettre « Weimar » vont tout à fait en ce sens.

Mesdames et Messieurs, si nous regardons en dehors de ce ministère, nous voyons aussi, qu’aujourd’hui, les acteurs des relations internationales se multiplient et se diversifient. Et pourtant, il ne faut jamais oublier que l’on ne s’improvise pas diplomate. Je pense que dans un contexte éminemment concurrentiel au niveau international, la diplomatie doit aussi s’imposer par son excellence. Et ce que je veux aussi, en application de ce que je veux vous vous dire, c’est intégrer dans ma stratégie le ministère des Affaires étrangères comme un véritable pôle d’expertise et d’aide à la décision pour tout le gouvernement au sein de la Nation. Je veux donner aux diplomates les moyens d’affirmer leurs compétences, leurs talents, leurs savoir-faire, en renforçant notamment nos capacités d’anticipation et de prospective. Cela veut dire, effectivement, envisager les sujets à 15-20 ans, savoir dans chacun des pays quelles sont les potentialités de crise, quelles sont les potentialités de développement économique, quelles sont les potentialités de difficultés du point de vue environnemental. Cela nécessite naturellement des moyens adaptés et, vous le savez, j’ai aussi un peu cette réputation - pas trop mauvaise auprès des journalistes, très mauvaise auprès de Bercy -, je n’entends pas que les intérêts comptables puissent l’emporter sur l’intérêt de la France et sur son influence dans le monde. Bien sûr, chaque mission est différente, il faut les adapter mais il faut aussi avoir les moyens nécessaires ; une analyse poste par poste est en train d’être faite dans ce domaine.

Ce que je veux aussi, c’est dynamiser, diversifier la formation des carrières des agents du ministère ; nous avons tout à gagner. Je le dis souvent, c’est une constante de ma vie ministérielle, dont vous avez évoqué quelques étapes tout à l’heure, je pense que chacun a toujours tout à gagner à savoir ce que pensent les autres, à savoir comment ils réagissent. Je veux faciliter, pour les fonctionnaires du Quai d’Orsay, puisque nous avons la chance d’avoir toujours un volant de fonctionnaires qui ne sont pas en poste, les détachements auprès des entreprises et des collectivités. Ce sera un enrichissement pour eux et je ne doute pas que ce soit également un enrichissement pour ceux avec lesquels ils travailleront.

Je veux également instaurer un dialogue permanent et structuré entre les diplomates et les acteurs de la vie sociale et, dans ce sens, ouvrir un cycle de formation dont nous verrons si nous l’appelons Institut ou autre. Il s’agira en tout cas de formation de haut niveau qui nous permette, à la fois de mettre ensemble, durant une année, les diplomates, bien entendu, mais également des chefs d’entreprises, des membres d’autres administrations, des cadres de collectivités territoriales et aussi des journalistes.

Cela rappellera quelque chose à un certain nombre d’entre vous, il y a un institut des Hautes études, quelque part, que j’ai croisé dans ma vie et qui m’a paru être une véritable source d’enrichissement pour tous ceux qui y ont suivi une formation durant une année.

Je pense qu’au niveau de la diplomatie, nous avons là un modèle qui effectivement nous permettra d’étendre notre influence. Je pense, tout comme vous, que nous avons de toute façon toujours intérêt à davantage échanger, au-delà de l’actualité immédiate sur les enjeux et les perspectives du monde. Et puis, je veux aussi sensibiliser les autres administrations aux potentialités d’influence dans leur domaine d’activité. Ce qui m’a toujours frappé dans les différents ministères où je suis passée, c’est qu’il y a potentiellement des capacités d’établissement de liens internationaux, des capacités d’influence, des capacités d’actions qui trop souvent sont ignorées ou négligées.

Au ministère de la Justice, par exemple, lorsque j’avais demandé « quelle est la dimension internationale ? », on m’avait parlé - et je sais combien c’est douloureux - des problèmes des enfants de couples mixtes qui se séparent. J’ai dû rappeler que si nous agissons pour rapprocher les droits, si nous agissons pour qu’il puisse y avoir des formations en commun au niveau des magistrats, des avocats et des notaires, c’est aussi une façon d’étendre l’influence de notre pays et peut-être de permettre également à nos entreprises, ou à tous les acteurs qui vont dans ces pays, de se trouver dans un cadre qui soit plus favorable à leur action.

Mesdames et Messieurs, l’adaptation de nos principes et de nos méthodes se met au service d’un objectif essentiel qui est, vous l’aurez compris dans mes propos, de développer une véritable politique d’influence de la France, une politique moderne, une politique assumée, une politique appuyée sur tous les canaux de notre présence avec en premier lieu, bien sûr, les Français de l’étranger.

Et je veux saluer tout le travail, les déplacements de Henri de Raincourt qui est souvent, notamment dans les endroits les plus difficiles, avec nos compatriotes qui, eux-mêmes, agissent pour représenter cette France généreuse, cette France dynamique à travers les entreprises, les ONG et les associations.

L’élection des députés des Français de l’étranger, dont beaucoup sont dans notre champ, renforcera la place des Français de l’étranger dans la communauté internationale. Ensuite, ce qui me paraît important, c’est que nous puissions contribuer au développement de nos entreprises parce que je considère que cela relève de notre mission.

Travailler au Quai d’Orsay, ce n’est pas simplement parler de grande politique. La grande politique intègre aussi nos entreprises parce que nos entreprises sont un moyen de peser dans ce monde nouveau où la concurrence économique joue un grand rôle. Pour cela, bien entendu, la solidarité que nous devons et que nous continuerons de mener à l’égard de bien d’autres pays n’implique pas la naïveté ; nous devons aussi savoir insister sur cette formation et sur ce développement des relations avec les entreprises. Notamment, nous devons apporter nos connaissances et notre savoir-faire aux entreprises et particulièrement aux PME qui sont, bien moins que dans d’autres pays, représentées dans l’activité économique extérieure. Je souhaite que les PME disposent d’un certain nombre d’interlocuteurs disponibles, à leur écoute dans ce ministère, comme au sein de toutes nos ambassades et consulats.

De la même façon, je vais organiser des réunions thématiques avec les acteurs économiques sur les difficultés et les contraintes qu’ils peuvent rencontrer dans leur action.

Bien entendu, développer notre influence, c’est aussi conforter la Francophonie et la diplomatie culturelle. C’est là, un véritable réseau dont je considère qu’il n’est pas suffisamment développé et utilisé. La France est forte de toutes ces solidarités francophones et ce n’est pas à vous, les journalistes, que j’apprendrai que le français est une belle langue qu’il faut promouvoir.

La Francophonie défend la langue française mais, à travers la langue française, ce qu’elle défend aussi, ce sont des valeurs, c’est une vision du monde, c’est évident. Je l’ai vu notamment au moment de la guerre d’Irak, où il y avait, dans toute une série de régions, des endroits où l’on aurait voulu pouvoir entendre ce que les Français avaient à dire, ce que la langue française portait de l’analyse des situations.

Nous devons donc développer effectivement tout cela et nous devons prendre aussi en compte le fait que lorsque l’on établit des contrats, qu’ils soient commerciaux ou autres, le fait de parler dans la même langue, le fait d’avoir été élevés ensemble, d’avoir participé à la vie nationale est un facteur qui va représenter ce petit plus qui fera que c’est plutôt la France qu’un autre pays qui sera choisie avec tout ce que nous pouvons apporter.

Ce que je peux vous dire, c’est que l’année 2011 confirmera cette dimension politique de la Francophonie, la Journée de la Francophonie l’illustrera avec, je l’espère, inventivité.

C’est également dans le domaine de la diplomatie culturelle qu’il y aura beaucoup de dynamismes qui seront liés à la création de nouveaux outils qu’il nous revient maintenant de mettre en œuvre dans le cadre de cette vision globale et stratégique que je porte pour le Quai d’Orsay. Bien sûr, l’Institut français sera doté des moyens nécessaires à son action.

Mesdames et Messieurs, j’ai été très longue mais on m’a dit que la tradition - et nous sommes dans une Maison où l’on respecte les traditions, c’est pour cela d’ailleurs que j’ai souhaité vous accueillir ici, au cœur de la diplomatie séculaire de la France, ce fut pour moi un véritable plaisir - était que le ministre arrivant faisait part à l’ensemble des journalistes de ce qu’était son ambition, sa stratégie et ses principes d’actions. Donc, vous aurez subi peut-être un discours un peu plus long que celui qui peut se faire dans des périodes normales. C’est aussi pour moi, l’occasion d’établir ce contact avec vous tous et de vous dire que je sais ce que la diplomatie française doit aussi aux journalistes de la presse diplomatique.

Je sais que ce sont des métiers qui sont difficiles, des métiers qui sont exigeants, des métiers qui sont risqués, nous le voyons malheureusement. Vous citiez le décès cette semaine, du journaliste franco-allemand Lucas Mebrouk Dolega en Tunisie qui nous a tous rappelé, au-delà de l’aspect et de l’intérêt de votre métier, ce que sont les enjeux et les risques encourus. Ce sont, en même temps, des métiers qui vous attirent, que vous avez choisis les uns et les autres parce que cela fait partie de ces métiers que l’on choisit, parce que ce métier est noble.

Informer les Français, mais également puisqu’il y a des représentants de la presse étrangère, vos compatriotes, sur ce que fait la France en matière diplomatique, c’est un élément qui contribue aussi à l’unité nationale. Chacun a besoin de comprendre le sens de l’action. Chacun a également besoin d’avoir une vision de ce que l’on cherche à atteindre. Je crois que dans un monde qui est très mouvant, les Français, comme chacune et chacun d’entre nous, s’interrogent sur leur devenir. Et si, notamment en France, on a l’impression que les Français sont pessimistes ou qu’ils sont inquiets, c’est aussi, très souvent, parce qu’ils ne voient pas forcément vers quoi ils vont. Ils sont conscients d’avoir un certain bien-être, même si on aspire toujours à davantage, et ils se demandent si le monde qui vient n’est pas un monde uniquement porteur de risques et d’un certain déclin. Je pense qu’en donnant du sens à l’action que mène la France, en permettant aussi de mettre en perspective les actions et les évolutions de la France, vous contribuez aussi à donner à chacun, les points de repère qui lui permettent de se situer dans cette évolution du monde et de la France.

Je me réjouis de ce point de vue que le prix que j’ai eu le plaisir de remettre tout à l’heure et qui honore le talent exceptionnel de Dominique Derda vienne ainsi reconnaître, au-delà de vos lecteurs, la qualité et l’importance du travail que vous réalisez. Ce prix rend hommage à l’ensemble des journalistes de la presse diplomatique française qui contribuent, eux aussi, comme nous essayons de le faire dans cette Maison, à une certaine image de la France, à une certaine idée de la France.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 28/05/2015

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